Des romanciers qui ont écrit sur la guerre d’Irak, il y en a. Mais des romanciers qui ont fait cette guerre avant d’écrire dessus, c’est plus rare.

Des romanciers qui ont écrit sur la guerre d’Irak, il y en a. Mais des romanciers qui ont fait cette guerre avant d’écrire dessus, c’est plus rare même s’il y a dans la littérature américaine une tradition bien installée du roman de retour de guerre. C’est dans cette tradition que s’inscrit Yellow Birds de Kevin Powers.

Kevin Powers n’avait que 17 ans quand il s’est enrôlé dans l’armée américaine. Il n’était pas très bon au lycée, il avait envie de voir du pays. Et c’était aussi un moyen de financer ses études…Aux Etats-Unis l’armée peut ouvrir les portes de l’université. Il a combattu en Irak entre 2004 et 2005. Yellow Birds est le fruit de cette expérience.

Yellow Birds commence comme un roman d’initiation. Et une promesse : avant de partir pour l’Irak, le soldat John Bartle promet à la mère de son camarade Murphy de lui ramener son fils sain et sauf. Erreur tragique, qui n’en finira pas de le hanter. Car Bartle rentrera seul aux Etats-Unis, incapable de redevenir celui qu’il était avant de partir.

Le roman est composé de chapitres qui décrivent en alternance la vie au combat en Irak et l’impossible retour à la normale, une fois de retour dans la maison maternelle, en Virginie. C’est cette opposition qui fait la force du roman.

Il y a d’un côté le corps de la guerre, exclusivement mobilisé par la survie, le sable qui s’infiltre partout, le soleil qui aveugle, la soif, le soulagement inavouable quand on comprend que c’est le copain d’à côté qui a été tué et qu’on est encore en vie. Et il y a le corps qui revient, incapable de se réadapter. Le corps anesthésié. Car Bartle comprend que la guerre a fait de lui un mort-vivant.

Kevin Powers a attendu plusieurs années avant d’écrire Yellow Birds.

Il a attendu sept ans. Yellow Birds n’est pas un récit, ce n’est pas un témoignage. C’est un roman, avec un travail d’élaboration littéraire. Sous-tendu par une réflexion ce que la guerre fait à ceux qui la font. Car non seulement, une fois sur place, Bartle ne comprend pas pourquoi il combat, mais il se rend compte une fois rentré, que la guerre est rentrée avec lui. La guerre est installée en lui, elle transforme tout ce qu’il voit, elle édifie une paroi de verre entre les autres et lui.

Kevin Powers dit que Yellow Birds est une élégie, dédiée « à tous ceux qui n’ont pas survécu, Américains ou Irakiens. Et à ceux qui ayant survécu, ne sont pas revenus à la vie. »

Yellow Birds de Kevin Powers est publié chez Stock et au Livre de Poche. Powers sera l’un des auteurs invités du festival America à Vincennes, du 8 au 11 septembre.

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