L’immigration clandestine, le choc des cultures, les tensions sociales, c’est justement le sujet de "Printemps Barbare" d’Hector Tobar.

"Printemps Barbare" d’Hector Tobar.
"Printemps Barbare" d’Hector Tobar.

D’ici vingt ou trente ans, un Américain sur trois sera hispanique.. La communauté latino et l’immigration : ce sont des enjeux électoraux importants y compris dans la campagne présidentielle en cours… On le voit avec le candidat républicain Donald Trump qui veut, on s’en souvient encore de ce discours construire un mur le long de la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique... L’immigration clandestine, le choc des cultures, les tensions sociales, c’est justement le sujet de ce Printemps Barbare d’Hector Tobar.

Un mot d’abord au sujet d’Hector Tobar. C’est un fils d’immigrés guatémaltèques. Devenu journaliste, il a remporté le prix Pulitzer pour sa couverture des émeutes de Los Angeles en 1992. Actuellement, il dirige les pages littéraires du Los Angeles Times. Il a écrit des tas d’articles sur l’immigration clandestine. Mais ce qu’il a voulu avec ce roman, c’est atteindre une forme de « vérité émotionnelle ».

Et donc le personnage principal du roman est une bonne mexicaine employée par un couple de riches Californiens. Araceli, magnifique personnage de femme, n’a pas toujours été bonne à tout faire. Quand elle vivait à Mexico, avant de passer la frontière, elle étudiait l’histoire de l’art à l’université. Dans la maison des Torres-Johnson, avec vue sur le Pacifique, elle cuisine, elle range, elle nettoie, elle désinfecte et bien entendu, elle est payée au noir. Les Torres-Johnson, eux, sont persuadés d’être de bons employeurs et de bons parents. Maureen est le genre de femme qui cuisine à l’eau minérale, elle achète des jeux éducatifs scandinaves pour ses enfants, elle établit des menus variés pour toute la semaine. Elle est dans l’hyper contrôle.

Au fond, ce sont deux mondes complètement hermétiques mais qui cohabitent.

Jusqu’au jour où la mécanique se dérègle. Maureen et Scott disparaissent chacun de son côté pendant plusieurs jours. Araceli reste seule avec les enfants. Croyant bien faire, elle décide de les emmener chez leur grand-père. Et la voilà livrée à elle-même dans une mégapole hostile et accusée d’enlèvement d’enfants. Dans les titres de la presse, elle devient la nounou mexicaine malfaisante. Le rêve américain tourne au cauchemar.

Et on découvre un Los Angeles aux antipodes là.. du glamour.

C’est une ville dantesque, avec ses maisons délabrées, ses trafics, sa population latino qui se cache de la police de l’immigration. Hector Tobar décrit avec humour et précision un monde saturé de tensions sociales et de rêves déçus. Il y a un côté « comment peut-on être américain » ou « comment peut-on être latino ». Dans une interview à Télérama en 2012, Tobar explique qu’il arrive parfois qu’on lui tende des clés pour qu’il aille garer une voiture. Ou qu’on le prenne pour le livreur quand il apporte des fleurs à sa femme. Il dit qu’il est comme Araceli, son personnage principal, « un intellectuel dans un corps de domestique. »

Printemps Barbare, d’Hector Tobar est publié chez Belfond et en poche dans la collection 10/18

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