Il y a une fascination pour New-York chez les jeunes écrivains américains.

New-York, vue aérienne, de nuit
New-York, vue aérienne, de nuit © Getty / sebastian-julian

Une fascination doublée de nostalgie, pour un New-York qui n’existe plus. On l’a vu en janvier avec City on Fire de Garth Risk Hallberg, qui faisait revivre le New-York des années 70. Molly Prentiss, elle, a choisi les années 80.

Pour son premier roman, Molly place la barre très haut : elle fait revivre la scène artistique de ces années-là, peuplée des silhouettes de Jean-Michel Basquiat et Keith Haring. Difficile à croire aujourd’hui, mais à Manhattan, la crasse était glamour, les enseignes de sex-shops avaient pignon sur rue et les squats d’artistes n’avaient pas encore été remplacés par les commerces de luxe.

Molly Prentiss a grandi dans une petite ville de Californie. Elle se souvient du choc éprouvé quand elle est arrivée à New-York :

J’ai déménagé à New-York à l’âge de 21 ans. C’est un âge où on est très impressionnable. Et ça a vraiment changé ma vie. Tous les gens que je rencontrais faisaient quelque chose, entreprenaient quelque chose. Je trouvais ça très stimulant. Et en même temps, j’étais terrifiée. Tout était sale, brutal, bruyant. J’ai voulu écrire sur cette expérience

Lucy, l’une des héroïnes du roman, a de longs cheveux blonds, comme l’auteure. Comme elle, elle débarque d’une petite ville paumée. Elle éprouve les mêmes sensations qu’elle. La ville l’éblouit, l’étourdit, lui fait peur. Mais la ressemblance s’arrête là.

Car si Molly Prentiss a voulu réussir par elle-même, Lucy rêve d’être une sorte d’égérie, une muse. En attendant, elle est barmaid dans une boîte miteuse.

Son chemin croise celui de Raul, un peintre argentin qui fuit la dictature militaire et celui de James, un critique d’art réputé, qui fait et défait les réputations des artistes.

Je voulais reproduire avec des mots l’expérience que l’on fait en regardant des images. Avec ce livre, je voulais créer une expérience visuelle. Une expérience pleine de couleurs.

Le destin des trois personnages se joue autour d’une toile intitulée Le Rêve américain.

Un portrait de Lucy, peint par Raul et acheté par James.

Car James n’est pas un critique comme les autres. Il est atteint de synesthésie : quand il regarde une toile, il sent simultanément une odeur, il entend une musique. Chaque personne autour de lui est associée à une couleur, chaque personne est une couleur. Pour lui, la peinture est d’abord une expérience sensorielle. D’un tableau, il peut écrire qu’il étanche sa soif.

Dans le monde de l’art, chacun de ses articles est un événement. Aussi quand on apprend qu’il a acheté une toile d’un jeune argentin inconnu, la cote de Raul s’envole. C’est à ce moment que la vie choisi de frapper les deux hommes. On ne dira pas comment. On dira que ces Esquisses nocturnes sont l’un des livres les plus sensuels de la rentrée.

Une exploration des thèmes de l’amour, de la création artistique, de la valeur marchande de l’art. On y trouve d’ailleurs quelques portraits bien troussés et gentiment moqueurs de la faune artistique branchée.

La vie n’est pas toujours tendre avec ceux qui débarquent à Manhattan avec des rêves de gloire. Comment survit-on à la perte de l’innocence ?

New-York, esquisses nocturnes, de Molly PRENTISS, traduit par Nathalie Bru, est publié chez Calmann-Lévy. Il sera en librairie à partir de mercredi.

"New York, esquisses nocturnes" de Molly Prentiss (couverture)
"New York, esquisses nocturnes" de Molly Prentiss (couverture) / Calmann-Lévy
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