Que reste-t-il du rêve américain après la crise qui a vu la faillite de la banque Lehman Brothers ?

"Voici venir les rêveurs" de Imbolo Mbue (couverture, détail)
"Voici venir les rêveurs" de Imbolo Mbue (couverture, détail) © Éditions Belfond

*La chute de ce symbole de la toute puissance financière a révélé les failles du système. Mais pour de nombreux Africains, l’Amérique reste synonyme de meilleures opportunités.
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Dans son premier roman, « Voici venir les rêveurs », la romancière d’origine camerounaise Imbolo M’Bué suit le parcours d’un couple africain qui essaie de commencer une nouvelle vie dans un nouveau pays.

C’est un jour très spécial pour Jende Jonga. Il postule pour un emploi de chauffeur chez Lehman Brothers. Dans un bureau tel qu’il n’en a jamais vu, devant un homme qui ne doute pas que le monde lui appartient de droit, il doit cacher du mieux qu’il peut son ignorance des codes et surtout son absence de papiers.

Sa femme Neni et son fils de 6 ans viennent de le rejoindre à New-York. Leur nouvelle vie peut enfin commencer.

Imbolo M’bué, 33 ans est comme ses personnages, originaire de la ville de Limbé au Cameroun. C’est à travers leurs yeux qu’elle décrit l’eldorado américain.

Je voulais utiliser des personnages que je connaissais, des gens comme Djendé et Neni. Ils viennent de la même ville que moi, du quartier où j’ai grandi. Et moi aussi j’ai vécu à Harlem. C’était une période d’espoir. Du moins, c’est ainsi que je le ressens. Obama était sur le point d’être candidat. C’est le rêveur par excellence. Voilà un homme dont le père est africain et et il veut devenir président des Etats-Unis. Le rêve d’Obama et le rêve de Djendé, c’est presque pareil.

On est à l’automne 2007. Au volant de la luxueuse berline de son patron, lié par une clause de confidentialité stricte, Djendé surprend les conversations entre dirigeants de Lehman Brothers. Il entrevoit la crise qui s’annonce…sans forcément la comprendre. Ce qu’il comprend, c’est que son patron, Clark Edwards, n’est pas d’accord avec ce qui se trame :

C’est un personnage de fiction. Je me suis demandé si quelqu’un chez Lehmann Brothers avait eu un minimum de clairvoyance. Est-ce que quelqu’un a pensé qu’on pouvait faire les choses différemment, pour éviter cet effondrement. Parce que cet effondrement, il ne concernait pas juste une entreprise, il concernait le pays tout entier. Des tas de gens ont été touchés.

Au-delà de la crise, Djendé, médusé cette famille américaine où le fils aîné laisse tomber ses études pour aller méditer en Inde ; la mère sombre dans la solitude et l’alcoolisme. Il s’étonne de ce monde où il existe des médecins appelés nutritionnistes. "Les gens ici, ils ont toujours peur de ce qu’ils mangent, explique-t-il à son épouse. Ils payent pour que d’autres leur disent « Mangez-ci, ne mangez pas ça. »."

Le charme du livre vient de ce regard décalé. On rit avec tendresse de soi-même et des autres. On rit malgré la détresse car vivre sans papiers c’est n’avoir jamais l’esprit en repos. « Reste à l’écart des endroits où guette la police, conseille le cousin de Djendé. La police sert à protéger les Blancs. »

Pour obtenir ces fameux papiers, Djende et Neni s’en remettent à un avocat spécialiste du droit de l’immigration, « grand inventeur d’histoires pour obtenir l’asile », nous dit l’auteur.

Après tout, raconter des histoires est peut-être une bonne façon de supporter la vie.

Voici venir les rêveurs, de Imbolo M’Bué, traduit par Sarah Tardy, est publié chez Belfond. Il sera en librairie à partir de jeudi 18 août.

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