Avant dernière étape de cette exploration américaine avec un écrivain représentant du Sud, le Sud rural et délaissé.

Ferme dans le Kentucky
Ferme dans le Kentucky © Getty / Jonathan D. Goforth

Alex Taylor arrive en France avec un roman gothique très noir : "Le verger de marbre", puissante évocation de cette Amérique qui croit aux forces du Mal.

Bon, ben alors tu sais pas vraiment c’que t’es, hein ? Tu pourrais avoir un huitième de sang négro ou trois quarts de fils de pute que t’en aurais pas la moindre idée. Beam retira les mains de ses yeux et dévisagea l’homme. Il avait l’air pâle et maladif, avec le clair de lune dans son dos. Beam se demanda soudain ce que ça ferait d’entendre un homme se noyer. De l’entendre et de savoir que c’était vous qui aviez fait ça. 

Autant le dire tout de suite, Le verger de marbre, c’est comme si les frères Coen s’étaient emparés d’une tragédie grecque.

Beam n’a que 19 ans quand il devient meurtrier presque malgré lui d’un homme dont il ne connaît pas l’identité et dont il découvrira plus tard qu’il n’est pas un étranger. Lui-même n’est d’ailleurs pas sûr de sa propre identité. Ce meurtre quasi involontaire et la fuite de Beam au milieu d’une nature proliférante (magnifiques descriptions des bois au clair de lune), ce meurtre et cette fuite, donc, entraînent une succession ininterrompues de morts violentes tandis que se déroule une histoire familiale pleine de sang et de fureur.

Les parents, Clem et Derna, sont de petites gens. Ils exploitent un ferry sur les bords de la Gasping River : cinq dollars la traversée, tout juste de quoi se payer une bière de temps en temps.

Car ici, on est chez les déshérités du monde, explique Oliver Gallmeister, l’éditeur français d’Alex Taylor :

C'est un vrai roman noir, un roman du sud, virtuose, un roman de critique social.

C’est un monde coupé du monde. Peuplé d’une humanité grimaçante, superstitieuse, quelquefois estropiée. Tenanciers de bars louches, proxénètes, trafiquants. Et Beam, même s’il a tué, est peut-être le moins coupable de tous. Il paye les fautes commises par ses géniteurs. Il n’est que le jouet d’une force supérieure.

Le libre arbitre est aboli et le sort s’accomplit inexorablement.

C’est un monde livré au Mal. Le Mal est incarné ici par un homme d’apparence inoffensive avec qui les personnages nouent à leur insu ou de leur plein gré un pacte maléfique. Le verger de marbre est le cimetière, avec ses étendues de pierres tombales. Et le ferry de la famille Sheetmire pourrait bien être comme la barque de la mythologie qui permet aux voyageurs de traverser le fleuve pour passer du monde des vivants au royaume des morts. Sauf qu’ici, l’enfer s’étend sur les deux rives.

Le verger de marbre, d’Alex TAYLOR, traduit par Anatole PONS, est publié chez Gallmeister. Arrive en librairie aujourd’hui.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.