Ce matin, "Purity" de Jonathan Franzen, un roman ultra-contemporain sur la tyrannie de la transparence à l’heure de Wikileaks et des réseaux sociaux.

Couverture du Purity de Jonathan Franzen
Couverture du Purity de Jonathan Franzen © nc

Julian Assange, Edward Snowden…Deux hommes en fuite pour avoir révélé des secrets… Deux hommes à qui le gouvernement américain voudrait bien demander des comptes… Et que l’on croise à plusieurs reprises au cours de ce roman monumental. A la fois thriller, fresque familiale et réflexion sur le totalitarisme à l’ère d’internet.

Le roman s’ouvre sur une dispute entre Purity et sa mère, déprimée chronique, qui ne veut pas révéler à sa fille le nom de son père. Purity est une jeune femme de 24 ans. Elle a honte de son prénom. Elle se fait appeler « Pip » (comme le héros de Dickens). Elle dépérit dans son travail de démarcheuse téléphonique. Son travail consiste à harceler téléphoniquement les nombreux plus de 65 ans qui n’utilisent pas les réseaux sociaux et n’ont pas répondu au mailing de l’entreprise. Autant dire qu’elle s’ennuie et que ses résultats commerciaux sont si calamiteux qu’elle s’attend à se faire virer. Pip prend donc les devants. Elle démissionne et part à la recherche de son père. Le hasard la mène en Bolivie, où elle rencontre le célèbre lanceur d’alerte Andreas Wolf.

Et comme on l'imagine, elle lui demande de l’aider à retrouver son père. Et c’est un drôle de zèbre, cet Andreas Wolf. Il a un slogan : « La lumière est le meilleur désinfectant ». Il excelle dans la révélation de secrets, grâce à des fuites qui aboutissent à des scandales de grande ampleur, repris par la presse internationale. Andreas Wolf est né dans les années 60 en RDA, il est le fils d’un apparatchik du régime, adolescent rebelle classé « antisocial », espionné par la Stasi et renvoyé de l’université. Pour les médias, il est l’archétype du dissident. Sauf que celui qui « veut répandre sa lumière pure sur un monde de corruption » a lui aussi quelque chose à cacher. Un homme connaît son secret : un journaliste de Denver dont il essaie de se débarrasser en le faisant espionner par le jeune Purity.

Pour Franzen, le lanceur d’alerte est loin d'être un héros. D’aileurs Franzen dresse un parallèle entre la dictature communiste de l’ex-RDA et la dictature d’internet à l’heure des réseaux sociaux et des organisations comme celle de Julian Assange. C’est Leila, la femme du journaliste de Denver, qui porte le jugement le plus définitif sur cette dictature de la transparence : « Les plateformes comme Wikileaks, dit-elle, ont une naïveté de sauvage, comme l’enfant qui pense que les adultes sont des hypocrites parce qu’ils filtrent ce qui sort de leur bouche. Filtrer n’est pas tromper, c’est être civilisé. ».

Purity de Jonathan Franzen est publié aux éditions de L’Olivier.

L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.