Direction Kingston, Jamaïque, le 3 décembre 1976. Deux jours avant le concert organisé par le parti au pouvoir, Bob Marley est victime d’une tentative d’assassinat.

Bob Marley en concert à Kingston
Bob Marley en concert à Kingston © Getty / Ebet Roberts/Redferns

Brève histoire de sept meurtres de Marlon James, s’empare du sujet. Le roman se déroule des années 70 à nos jours, en Jamaïque et aux Etats-Unis.

Il est question d’hommes politiques, d’agents de la CIA, de barons de la drogue et de prostituées.

Un roman foisonnant couronné par le prix Pulitzer 2015.

Il est surprenant Marlon James. Quand on le rencontre, il cite sans se forcer des auteurs de polar français…Jean-Claude Izzo, Jean-Patrick Manchette qu’il a visiblement lus. Il a d’ailleurs longtemps rêvé d’écrire un roman comme Fatale.

En ce mois de juin parisien, il est fatigué. Un an déjà qu’il est en tournée mondiale pour la promotion de ce roman, prix Pulitzer 2015.

Fatigué, Marlon James, mais au travail. On le trouve chez son éditeur en train de noircir un cahier de son écriture appliquée…Peut-être son journal ou la matière d’un prochain roman. On n’ose pas lui demander.

Après tout, on est là pour parler de Brève histoire de sept meurtres.

Autant le dire tout de suite, Bob Marley n’est pas le sujet du roman. Il est le fil qui relie les personnages entre eux. Marlon James nous dit :

Cela m’a été inspiré par une histoire que j’ai lue dans un numéro de Spin – c’est un magazine de musique américain. Timothy White, l’auteur d’une biographie de Marley, a écrit ce complément, dans lequel il parle pour la première fois il parle de la tentative d’assassinat et de qui étaient ces types. Il a essayé d’avoir autant d’informations que possible, mais il y a des tas de choses qu’il ne savait. Et en tant qu’écrivain, c’est ce qui m’intéresse.

Dans le roman, Bob Marley n’est jamais désigné autrement que comme « le Chanteur », avec un C majuscule. Car ce qui importe, c’est ce qui se passe autour : les réalités de la guerre froide, l’apparition du crack, les gangs affiliés aux partis politiques, les exilés cubains et leurs officiers traitants de la CIA, le trafic qui s’étend à New-York et Miami.

Tout cela, Marlon James l’exprime par une écriture ample, d’un pouvoir hypnotique. Des voix parlent et on est captivé.

Quand on lui demande pourquoi il vit aux Etats-Unis malgré le tableau qu’il en fait dans son livre, il répond très volontiers :

L’Amérique est un lieu de création. C’est un lieu pour vivre une vie d’écrivain. Aussi cliché que ça puisse paraître, c’est une terre d’opportunités. ça, c’est l’Amérique où l’immigré va. Mais l’Amérique qui va en Jamaïque, en Haïti ou en République dominicaine, c’est un pouvoir impérialiste. L’Amérique qui est venue chez nous, c’est la peur, la paranoïa et l’exploitation. Il y a l’Amérique où nous allons et celle qui vient chez nous. Et ce sont deux Amériques totalement différentes.

Dans un article publié dans le NYT il y a un an, Marlon James explique pourquoi il a quitté la Jamaïque : il est homosexuel. Il n’osait même plus parler, persuadé que sa voix le trahirait. « J’étais obligé de quitter mon pays, dit-il, soit dans un cercueil, soit dans un avion », écrit-il. Il dit qu’aux Etats-Unis, il enfin a pu être lui-même.

"Brève histoire de sept meurtres" de Marlon JAMES, traduit par Valérie MALFOY, est publié chez Albin Michel.

Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.