En pleine affaire Lewinsky, Philip Roth écrit "La tache" et s'attaque à cette forme de terrorisme intellectuel qu'est le "politiquement correct".

L'auteur Philip Roth, New York, 15 septembre, 2010
L'auteur Philip Roth, New York, 15 septembre, 2010 © Reuters / Eric Thayer

Le “politiquement correct”, une expression qui nous vient des Etats-Unis…C’est une forme de terrorisme intellectuel qui peut détruire un homme et ruiner une carrière. Il fallait un écrivain de l’envergure de Philip Roth pour s’attaquer à ce fléau. Cela a donné La tache, écrit en 1998, au moment où Bill Clinton faisait face à une menace de destitution, en pleine affaire Monica Lewinsky.

Dans La tache, il est d’emblée question de « ça ». L’hystérie qui s’est emparée des Etats-Unis au moment de l’affaire Lewinsky, allant jusqu’à des aveux télévisés solennels du président Clinton. C’était en août 1998. Sur le campus de l’université d’Athena, une petite ville de Nouvelle-Angleterre, un groupe de jeunes professeurs discute. « Monica, dit l’un d’eux, c’est elle qui a collé un thermomètre dans le cul du pays ! ». Ces jeunes profs si pertinents semblent pourtant ignorer que dans leur honorable université, le politiquement correct a déjà fait des ravages. Deux ans auparavant, Coleman Silk, ancien doyen, éminent professeur de lettres classiques, a été poussé à la démission. Injustement accusé de racisme anti-noir, il subit l’humiliation d’une commission d’enquête. Il a beau être celui qui a réveillé cette université assoupie, celui qui a relevé le niveau de l’enseignement et fait la carrière de beaucoup de ses collègues, il ne trouvera personne pour le soutenir.

La Tache a été le premier grand succès public de Roth en France. Après Pastorale américain (évocation du terrorisme gauchiste et de la guerre du Vietnam) et _J’ai épousé un communiste (_sur la folie maccarthyste des années 50), La tache est le troisième roman d’une trilogie très politique. Il s’attaque à ce mal nouveau, né à la fin du vingtième siècle… Le « politiquement correct », dont Philip Roth lui-même n’a pas tout de suite mesuré l’ampleur, nous dit la critique Josyane Savigneau, auteur d’un livre intitulé Avec Philip Roth. La tache, en effet, n’est pas qu’une dénonciation plate et univoque, l’exercice serait trop facile pour romancier aussi subtil et aussi puissant que Philip Roth.

Non content d’avoir été accusé de racisme, le héros de La Tache, Coleman Silk, aggrave son cas. Il entretient une liaison avec une femme de ménage qui a la moitié de son âge. Nouveau scandale en puissance. Mais ce n’est rien à côté du secret que dissimule Coleman Silk. Celui qui s’est présenté toute sa vie comme un intellectuel juif distingué est en réalité un Noir à peau claire qui s’est fait passer pour un Blanc. Ce n’est pas une question de haine de soi. De la même façon que Portnoy ne voulait pas être identifié comme juif, Coleman Silk ne veut pas être limité par son appartenance à une communauté. Il veut être libre. Il veut inventer sa vie. Et il en paiera le prix.

La tache, de Philip Roth est publié chez Gallimard et en collection de poche Folio.

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