La famille et ses dysfonctionnements, c’est le sujet du roman d’Aimee Bender, "La singulière tristesse du gâteau au citron"

Couverture du livre d'Aimee Bender paru aux Éditions de l'Olivier
Couverture du livre d'Aimee Bender paru aux Éditions de l'Olivier © nc / Éditions de l'Olivier

La famille et ses dysfonctionnements, c’est un sujet souvent traité par les écrivains américains. C’est de cela qu’il est question dans le roman d’Aimee Bender, La singulière tristesse du gâteau au citron. Quel titre !

Difficile de ne pas être intrigué par ce titre. Il a un petit quelque chose de pas comme les autres. Et je peux vous dire que le roman tient largement les promesses du titre.De quoi ça parle ? C’est l’histoire d’une petite fille qui un beau jour se rend compte qu’elle a un drôle de pouvoir : quand elle mange quelque chose, elle perçoit les émotions de celui ou celle qui a préparé la nourriture. Donc imaginez un beau mois de mars sur les collines d’Hollywood. Vous rentrez à la maison après l’école. Votre mère est en train de préparer un gâteau pour votre anniversaire. Tout devrait aller bien.

Mais tout ne va pas bien, évidemment. Dès la première bouchée, Rose (c’est le nom de la petite fille) se rend compte que quelque chose ne va pas. Ce n’est pas la qualité des ingrédients. Le bon chocolat, les œufs bien frais, le citron odorant. Ce qui ne va pas, c’est que Rose a l’impression que sa bouche se remplit d’un goût de tristesse, de contrariété. Intuitivement, elle comprend que c’est lié à sa mère. C’est en avalant une bouchée de viande, par exemple, que Rose comprend que sa mère a rencontré quelqu’un. Et franchement, c’est une révélation dont elle se passerait volontiers. C’est un coup de tonnerre, évidemment. Parce que cette famille, en apparence, c’est la famille idéale. Le père, avocat sérieux, la mère, femme au foyer, deux enfants, un garçon et une fille. Sauf que cette hyper normalité est complètement factice. C’est un peu comme les super héros de bande dessinée, qui sont toujours en apparence des gens parfaitement ordinaires.

Et que fait Rose de son super pouvoir ? Et bien justement, elle ne sait pas quoi en faire. Elle est très embarrassée. D’autant qu’elle se rend compte que son frère aussi a un super pouvoir. Il a la faculté de disparaître. Et au fond c’est assez triste parce que c’est un adolescent qui supporte tellement mal la vie qu’il préfère se fondre littéralement dans le décor. C’est ce qui est remarquable chez Aimee Bender. Cette façon de mêler le désespoir et la fantaisie ; de parler de la difficulté de vivre sur un mode joyeux. Il n’y a absolument aucun pathos, il y a du peps même dans les moments les plus durs.

Aimee Bender est une auteure de la côte Ouest. Elle n’a pas exactement les mêmes références littéraires que les écrivains de la côte Est. Le grand roman américain, définitif, bien lourd à digérer, elle s’en fiche. Son imaginaire va chercher du côté d’Italo Calvino. On pense aussi au cinéma de Michel Gondry ou de Wes Anderson. Elle dit des choses tristes, mais sur un ton léger. Avec Aimee Bender, la noirceur n’est pas noire. Elle a un goût de bonbon acidulé. Ou de gâteau au citron !

La singulière tristesse du gâteau au citron, d’Aimee Bender est publié aux éditions de L’Olivier, et aussi en collection de poche Points Seuil.

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