Dans sa fascinante autobiographie, Joyce Maynard revient sur la rencontre qui a bouleversé sa vie, celle de J.D Salinger

Il en faut, du courage, pour déboulonner une statue. La romancière Joyce Maynard en sait quelque chose. Elle a payé cher le fait de s’en prendre au mythe Salinger, le célèbre auteur de L’Attrape Cœur. Elle a croisé sa route à 18 ans, en faisant la une du New York Times Magazine. Elle a bien failli ne pas s’en remettre. Elle le raconte dans une fascinante autobiographie, Et devant moi, le monde.

Peut-être que vous allez faire comme moi. Peut-être que vous allez commencer à lire ce livre pour de mauvaises raisons. Ce n’est pas grave. Aux Etats-Unis, Joyce Maynard, c’est d’abord la fille qui a couché avec l’écrivain mythique, J.D. Salinger quand elle avait dix-huit ans, et qui en a fait un livre. Heureusement, les choses sont plus complexes et plus intéressantes que ça. Et devant moi, le monde raconte comment une adolescente mal dans sa peau, surdouée et solitaire devient une femme forte, indépendante et libre après s’être cherchée pendant des années.

Mais commençons par le commencement… Au commencement, il y a une famille de la classe moyenne. Dans certaines familles, les gamines sont dressées à devenir des mini-miss, chez les Maynard, on les pousse à devenir des petits prodiges. A dix-huit ans, Joyce Maynard écrit un article qui paraît en une du New York Times avec sa photo. Intitulé « Une fille de dix-huit ans se retourne sur sa vie », cet article, publié le 23 avril 1972, décrivait ce que signifiait grandir dans les années soixante.

Parmi les centaines de lettres que lui vaut cet article, il y en a une de J.D Salinger, idole des campus universitaires, et auteur d’un livre mythique, L’Attrape-Cœur. Un livre qu’à cette époque Joyce Maynard n’a pas encore lu. Une correspondance s’engage. Au bout de quelques mois, Joyce abandonne ses études pour aller vivre avec cet homme qui a 35 ans de plus qu’elle, qui vit quasiment reclus, qui lui impose un régime alimentaire draconien, qui devient fou furieux quand un journaliste appelle à la maison et qui finira par la jeter dehors au bout d’un an. 25 ans après, quand Joyce Maynard publie son livre, elle est attaquée très durement par les milieux littéraires, comme l’explique son éditeur français, Philippe Rey.

Et devant moi, le monde n’est pourtant pas un livre de règlements de comptes. C’est le récit d’une femme devenue écrivain en dépit de et grâce à des adultes défaillants. Une mère qui assouvissait à travers elle des ambitions frustrées. Un père en proie à un alcoolisme qu’il était interdit de nommer. L’emprise destructrice d’un écrivain mythique. C’est le récit d’une femme qui, une fois pour toutes, s’est affranchie de la honte.

« Je ne suis certainement pas la seule femme à s’être fait vomir quotidiennement. Avoir piqué une colère contre ses enfants ou s’être sentie trahie par l’amour. Je ne suis pas la seule à avoir contemplé sa poitrine dans le miroir après un accouchement et à avoir fondu en larmes. Je sais désormais –enfin- que je ne suis pas la seule à avoir eu un père alcoolique. C’est de là que date ma première expérience de la honte, celle qui a rendu toutes les autres insupportables. »

Et devant moi, le monde de Joyce MAYNARD est publié aux éditions Philippe Rey. Le livre existe en format poche dans la collection 10/18.

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