Avec "Ailleurs", Richard Russo publie un récit qui est à la fois une biographie de sa mère et son autobiographie d'écrivain.

L'écrivain Richard Russo
L'écrivain Richard Russo © AFP / Ulf Andersen

Il est rare qu’un grand écrivain ne consacre pas un livre à son père ou à sa mère. Richard Russo, prix Pulitzer pour Le déclin de l’empire Whiting en 2002, n’échappe pas à la règle. Peu de temps après la disparition de Jean Russo, il publie un récit, qui est à la fois une biographie de sa mère et son autobiographie d’écrivain. Car sa vocation, il la doit à cette femme, lectrice passionnée, mère abusive et atteinte de troubles mentaux. Une femme qui a cherché toute sa vie un ailleurs, sans jamais le trouver.

"Parmi les certitudes auxquelles ma mère était très attachée, il y avait l’idée que nous nous étions fait un serment, elle et moi. Elle ne nous avait jamais considérés comme deux personnes distinctes, mais plutôt comme une entité unique, bizarrement séparées par le temps et le sexe, tels deux jumeaux nés à vingt-cinq ans d’écart et faits, d’une manière étrange, pour partager un même destin."

Quelques mois après la mort de sa mère, Richard Russo s’est aperçu qu’il rêvait très souvent d’elle et qu’il avait besoin de réfléchir à la relation aussi tendre que toxique qu’il avait avec elle. Jean Russo était une jolie femme, elle prenait grand soin d’elle-même. Elle avait peu de moyens, mais il était hors de question pour elle de sortir mal fagotée. Sur la couverture de l’édition de poche, on la voit allongée sur une serviette de plage avec son petit garçon. Maillot de bain bustier, mise en pli impeccable.

Elle travaillait, elle élevait son fils seule, elle a passé sa vie à essayer de fuir. D’abord Gloversville, une ville où l’on fabriquait des gants. Autrefois peuplée d’artisans fiers et travailleurs, Gloversville subit les effets de ce qu’on n’appelait pas encore la mondialisation. Les usines ferment, laissant les ouvriers sur le carreau. Jean Russo a toujours rêvé de mieux, pour elle et pour son fils. Alice Déon, l’éditrice française de Richard Russo.

Interview

Quand il part étudier dans l’Arizona, à des milliers de kilomètres, sa mère ne lui laisse pas le choix. Elle part avec lui. Commence alors un des très beaux passages du livre, le récit du voyage de plusieurs semaines, jusqu’à la ville de Phoenix. Le premier d’une longue suite de déménagements :

Interview

Mais il y aussi ce dont Richard Russo se rend compte très tard. Le fait que sa mère a les nerfs fragiles comme on disait à l’époque. La maladie n’est pas nommée, mais ses effets sont bien présents. C’est Richard Russo qui doit emmener sa mère au supermarché, chez le médecin, chez le coiffeur. Pendant 35 ans, alors qu’il est marié et père de famille, il ne s’autorise jamais à s’absenter plus de temps qu’il n’en faut pour que le frigo de sa mère soit vide. C’est cette femme, pourtant, avec ses aspirations ratées, ses désirs d’indépendance frustrés, qui est à l’origine de sa vocation d’écrivain.

Ailleurs, de RICHARD RUSSO est publié aux éditions Quai Voltaire. Il existe en format poche dans la collection 10/18.

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