Un homme de tempérament
Un homme de tempérament © Radio France

Il y a une citation d’un chanteur américain hélas décédé, Warren Zevon, qui dit : « On achète des livres parce qu’on pense qu’en les achetant, on achète le temps de les lire ». C’est tellement vrai… Toujours est-il qu’il vous faudra quelques jours pour lire « Un homme de tempérament » de David Lodge... Et encore, en vous consacrant quasiment qu’à cette lecture, en étant en vacances. Mais : ayant fait pour ma part cette expérience, je peux vous en dire plusieurs choses. D’abord vous passerez un bon moment, car Lodge a pris le parti d’écrire une biographie romancée de Lodge. Qu’est-ce que ça veut dire, ici, romancée ? Eh bien, ça veut dire qu’il met en scène la vie de Wells, qu’il vous épargne les détails inutiles dont les biographes sont rarement avares, toujours ravis qu’ils sont de retrouver une note de teinturerie de leur cher sujet. Alors vous me direz peut-être : quand même, sept cent pages, Lodge n’a pas dû compresser quand même beaucoup… C’est qu’on découvre ici que Wells était un personnage tout à fait extraordinaire. Un génie. Et pas seulement de la littérature, lui qui a écrit « La guerre des mondes » et « L’Ile du docteur Moreau » au milieu de cent autres livres, romans ou essais. Wells est un homme curieux de tout, on pourrait le comparer à Anatole France qui était d’ailleurs son ami. Avec un côté prophétique. Il a en 1900 l’idée du char d’assaut, ce dont le remerciera Winston Churchill en 1917, à la fin de la Première guerre mondiale. Un peu plus tard, il écrit un roman où Paris est détruite avec une bombe atomique ! C’est un visionnaire. Politiquement, il est socialiste, il rêve d’un gouvernement mondial, et militera pour la Société des Nations pendant la Seconde guerre mondiale. Mais sa grande affaire, c’est…. Le sexe.

Entre deux romans et essais qu’il écrit, passez-moi l’expression, comme vache qui pisse, sans toujours les soigner d’ailleurs, car pour lui la littérature est aux services de ses idées, juste un véhicule dont il se soucie guère de la carrosserie, entre deux livres Wells a besoin de sexe. De beaucoup de sexe. Et dans cette société victorienne puritaine et corsetée, il se fait dans quantité de romans le chantre de l’amour libre, hors du mariage, le chantre de l’épanouissement sexuel, le sexe qu’il considère comme un sport et un passe temps. Le problème, raconte Lodge, c’est que Wells se marie avec des femmes qui ne sont pas très portées sur la chose. Fort heureusement, sa seconde épouse Jane va se révéler fort accommodante et accepter plus souvent qu’à son tour de se retrouver dans d’éprouvants ménages à trois souvent accompagnés d’enfants adultérins, malgré l’utilisation de la célèbre capote anglaise. Car Wells, à la fois riche et célèbre, devient pour quantité de jeunes étudiantes, une sorte de gourou sexuel auprès duquel elles viennent se faire éduquer pour vivre une vie beaucoup plus émancipée et libre que celles de leurs mères.

Weels était un type formidable et en même temps doté d’un humour prodigieux. Savez-vous ce qu’il a fait écrire sur sa tombe ? Son épitaphe ? Elle est très belle : « Je vous l’avez bien dit, bande de cons !

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