Tony 1942
Tony 1942 © Radio France

« Tony, 1942 » le livre d’Emmanuel Lemieux traite d’une page arrachée au grand livre de la Résistance française contre l’occupant allemand, l’une de ses toutes premières. Ils sont huit jeune gens de la région parisienne, tous la vingtaine d’années, tous communistes, dont Tony Bloncourt, originaire de Haïti. On les a appelés « les bébés terroristes ». Leur premier coup d’éclat est l’organisation d’une manifestation contre l’occupant le 11 novembre 1940. Imaginez le courage. Ils vont déposer des gerbes de fleurs au pied de la statue de Clémenceau, sur le Rond-Point des Champs-Elysées, puis remonter l’avenue en criant : « Vive la France », « A bas Pétain » ou encore « Salauds ». Certains étudiants, raconte Emmanuel Lemieux, trimballent deux cannes à pêche. Pourquoi ? Parce que : deux gaules. Juin 1941 c’est la fin du pacte germano-soviétique, et les Jeunesses communistes décident alors de passer à la lutte armée. Ordre leur est donné d’assassiner des officiers allemands. Ce qui sera fait par Frédo, alias Pierre Georges, alias Colonel Fabien le 21 août à la station de métro Barbès. Ils recommencent. Le 20 octobre, à Nantes, ils abattent un officier allemand. Les représailles de l’occupant seront terribles. Le 22, à Chateaubriand, ils exécutent 27 otages, dont Guy Môquet.

Si Emmanuel Lemieux a sous-titré son livre « Un procès oublié sous l’Occupation », c’est qu’il a fallu attendre l’an 2000 pour faire avoir toute la lumière sur cette page de notre histoire. A l’époque, c’est Laurent Fabius qui est président de l’Assemblée Nationale, et il reçoit une lettre lui racontant qu’un procès avait eu lieu sous l’Occupation au Palais-Bourbon. Il demande à un historien d’enquêter, et c’est alors qu’on découvre qu’effectivement, les Allemands avaient décidé de juger ces bébés terroristes, ces primo résistants, ces Bataillons de la jeunesse, dans le cadre hautement symbolique de l’Assemblée Nationale. Ce que tout le monde avait complètement oublié. Plusieurs raisons à cela. Pour commencer, les Allemands après avoir voulu faire la publicité de ce procès, y ont renoncé. Ils préféraient passer ces jeunes résistants pour des cas isolés. De son côté, le Parti communiste n’a valorisé non plus leur action, car il redoutait la colère de l’opinion après l’attentat du métro Barbès. Le pacte germano-soviétique est encore dans tous les esprits. Après-guerre, s’il a un peu héroïsé le Colonel Fabien, et encore pas toute sa biographie, le PCF a préféré devenir le Parti de Guy Môquet, le Parti aux 75000 fusillés, plutôt que celui de ces jeunes terroristes. Le Haïtien Tony Bloncourt et ses six autres camarades sont tombés dans l’oubli. C’est en 2000 qu’est posé à l’hôtel de Lassay une plaque à leur mémoire. Et c’est en 2012, soixante ans après qu’ils eurent été fusillés au Mont Valérien, qu’un livre raconte leur histoire.

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