Lointain souvenir souvenir de la peau
Lointain souvenir souvenir de la peau © Radio France

Un roman qui évoque nos sociétés contemporaines saturées de pornographie. Ca a l’air glauque, mais cela ne l’est pas, grâce à l’immense talent de Russel Banks qui réussit à évoquer ces sujets terribles, la pornographie, la pédophilie, la pédopornographie, dans un roman qui se présente comme un roman d’aventure à la Charles Dickens (le modèle avoué) voire à la Stevenson, l’auteur de « L’Ile au trésor ». Comment y parvient-il ? Grâce à son héros qui se fait appeler « Le Kid », l’enfant, bien qu’il ait déjà vingt ans, et qu’il porte à la cheville un bracelet électronique, car il a été fiché comme délinquant sexuel. Pourquoi ? Comment ? Est-il réellement coupable ? C’est ce que vous découvrirez en lisant ce long roman. Je m’en voudrais de tout vous raconter. Toujours est-il que le fait d’avoir été inculpé d’un délit sexuel à tort ou à raison, oblige le Kid à vivre loin des « zones sensibles » (celles où il y a des enfants) si bien qu’il squatte sous un viaduc de l’autoroute avec tous les autres délinquants sexuels dans le même cas que lui, où ils ont fondé une sorte de campement. Bref, le Kid a un petit boulot (il est plongeur dans un restaurant) et le soir, il retourne au Viaduc retrouver son meilleur ami, un animal de compagnie, mais pas n’importe lequel : un iguane.

En lisant le roman de Russel Banks, vous apprendrez beaucoup de choses sur les iguanes, la manière de les élever, de les nourrir, et même sur leur sexualité (figurez-vous que l’iguane mâle a deux pénis). Bref, le roman commence vraiment lorsque le Kid rencontre le Professeur, un obèse comme il n’en existe qu’aux Etats-Unis, grand et gros, avec une barbe et des cheveux longs, bref, un ogre. Celui-ci enquête sur les sans-abri, il veut interviewer le Kid sur son existence, il s’investit, il a même l’idée d’organiser le campement des délinquants sexuels, d’y faire élire des responsables, de faire voter un règlement. Surtout, le mystérieux personnage du Professeur permet à Russel Banks de réfléchir à voix haute sur ce qu’est la pédophilie ainsi qu’à l’envahissement dans nos vies de la pornographie, via Internet. Finalement, le roman rejoint l’actualité, notamment le débat sur l’hypersexualisation des jeunes filles qui a récemment eu lieu en France. Russel Banks écrit ainsi : « Quand une société réifie ses enfants en les transformant en un groupe de consommateurs, quand elle les déshumanise en les convertissant en un secteur économique crucial fermé sur lui-même, quand elles érotise ensuite ses produits pour les vendre, les enfants en viennent à être perçus comme des objets sexuels par le reste de la communauté mais aussi par eux-mêmes ». Mais ces idées, qui sont fortes, tout l’art de Russel Banks est de les faire passer dans un roman qui se dévore tant il va de rebondissements en rebondissements.

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