Fabrice Lardreau fait partie des rares écrivains français contemporains que Michel Houellebecq a distingué un jour. Bon. Ici, dans ce conte intitulé « Un certain Petrovitch », il fait en tout cas acte de piété littéraire, et même de prosternation, en réécrivant une version moderne (post-moderne ?) de la célèbre nouvelle « Le Manteau » (1841) de Nicolas Gogol. On connaît l’histoire : Akaki Akakievitch, un petit fonctionnaire de Saint-Pétersbourg, n’a d’autre rêve que de s’acheter un manteau chaud pour l’hiver ; il y parvient au prix de sacrifices inouïs, mais le soir même des voleurs le lui dérobent. Il en crève. La nouvelle s’achève sur un épilogue fantastique : le fantôme du héros hante les rues de Saint-Pétersbourg pour arracher des manteaux aux hauts fonctionnaires (la classe).

Un certain Petrovitch de Fabrice Lardreau
Un certain Petrovitch de Fabrice Lardreau © Radio France

Ce qui nous donne, presque mathématiquement et mutatis mutandis comme on dit, dans la version Lardreau : Petrovitch, petit comptable parisien dans une fédération sportive, se prend pour Spiderman (Fabrice Lardreau est par ailleurs un alpiniste chevronné, l’altitude c’est son kif). Du coup, la description minutieuse de la vie du comptable, qui donne à voir toute une société souterraine (métro, boulot, dodo), bascule à tout moment dans une vision fantastique que Lardreau, un peu comme Gogol, semble à peine maîtriser. Voici Petrovitch à l’école des super héros. Voici Petrovitch au journal de 20h00. Voici Petrovitch à l’Elysée en train de rencontrer un autre Nicolas. Voici Petrovitch dans un super-caca.

Bref, le programme du « Manteau » (divorce entre les apparences, le rêve et la réalité, jusqu’au fantastique) est donc réactualisé ici, sans se moucher ni se hausser particulièrement du col, genre « regardez comme je suis cultivé », grâce la friction et la guerre froide en permanence entre culture « basse » et culture « haute », soit la bande dessinée américaine et la littérature russe. « Un certain Petrovitch » c’est Marvel contre Gogol, mais tout contre, et pour ainsi dire avec. Mais ça marche quand même à l’ancienneté : à la fin du conte, c’est moins de voir (ou revoir) « Spiderman II » qu’on a envie, que de lire (ou relire) tout Gogol.

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