Le fils oublié de Trotsky
Le fils oublié de Trotsky © Radio France

Léon Trotsky avait deux grandes filles d’un premier mariage, puis a eu deux fils avec sa seconde épouse, Natalia. L’aîné qui se prénommait lui aussi Léon est tout aussi politique que son père, il le suivit en exil dès 1929, et il fut assassiné dans une clinique parisienne par la police politique de Staline, dans des circonstances fort bien relatées dans ce livre (de même que Jean-Jacques raconte minutieusement l’assassinat trois ans plus tard, au Mexique, de son père, par le perfide Ramon Mercader, d’un coup de pic à glace). Mais le sujet principal de cet ouvrage, c’est le fils cadet qui se prénommait Serge, le fils oublié, donc. C’et un personnage très attachant, un brin lunaire, poète à ses heures, qui a même été un temps acrobate dans un cirque. Il ne s’intéresse pas du tout à la politique, et fort de cela, refuse de suivre ses parents en exil. Il devient ingénieur, écrit un ouvrage sur les moteurs gazogènes, sa spécialité. Puis en 1938, un héros de la Révolution, membre du Comité Central, Serguei Kirov est assassiné. Difficile de savoir si Staline a commandité ou non ce meurtre (Kirov a été assassiné par un jeune homme dont l’épouse entretient une liaison avec Kirov), Jean-Jacques Marie ne se prononce pas sur ce point. Toujours est-il que ce meurtre marque le début de la première grande purge stalinienne (il y en aura une seconde après la Seconde guerre mondiale cette fois dirigée contre les Juifs) où 750 000 hommes femmes et enfants perdront la vie en un an et demi. Les trotskystes sont les premiers visés. Et Serge Trotsky est arrêté…

Au début ce n’est pas trop grave, si l’on peut dire. Le fils cadet de Trotsky est simplement assigné à résidence très loin de Moscou dans une petite bourgade boueuse de Sibérie. Il n’est pas au goulag, il n’est pas emprisonné. Mais c’est grave pour lui, car Serge vient de tomber follement amoureux d’une jeune femme qui s’appelle Henriette Rubinstein. Et le chapitre le plus touchant du livre de Jean-Jacques est à coup sûr celui où il narre les échanges épistolaires entre Serge et sa chérie. Il lui écrit par exemple : « Arrive ! J’ai complètement oublié le goût de tes oreilles ». C’est mignon, non ?

Et Henriette va venir. Elle le rejoint en Sibérie où elle va tomber enceinte de lui. Pendant un moment, ça va mieux. Serge trouve du travail dans une usine où le directeur a justement besoin d’un ingénieur spécialisé comme lui dans les moteurs gazogènes. Mais voilà : un jour il y a un accident, une fuite de gaz dans l’usine, et Serge est accusé d’avoir comploté un attentat. Il est envoyé au goulag dans un des pires camps où il fera la grève de la faim, avant d’être fusillé. Le directeur de son usine, qui le défend, sera fusillé. Henriette, après avoir accouché à Moscou, sera déportée au goulag dont elle ne sortira qu’après la mort de Staline en 1953. Tous ceux qui, de près ou de loin, ont un lien avec Trotsky sont éliminés. Jean-Jacques raconte ainsi que la nounou d’une petite-fille de Trotsky sera éliminée pour cette simple raison…



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