En l'absence de classement final
En l'absence de classement final © Radio France

C’est désormais un cliché de dire que la nouvelle est un genre mal aimé en France, mais tous les clichés ne sont pas faux, hélas. Je me souviens d’une éditrice qui me disait : «Vous écrivez des nouvelles ? Eh bien, gardez-les pour après votre mort». Ca en disait long sur ce que l’édition française pense de la nouvelle d’un point de vue économique, et vous avouerez que cela donnait sur le coup plus envie de mourir que d’écrire. Voilà pourquoi je suis heureux comme un papillon de vous parler aujourd’hui d’un excellent recueil de nouvelles issues de la plume d’un jeune écrivain, Tristan Garcia. Il me semble bien avoir résolu la quadrature du cercle en écrivant d’une part un recueil de nouvelles thématiquement unifié — toutes ces nouvelles parlent donc de sport — et d’autre part en le publiant à un moment propice d’un point de vue de pur marketing : c’est-à-dire à l’approche des jeux olympiques. Le titre du recueil « En l’absence de classement final », peut paraître étrange. Personnellement, il m’a rappelé un roman français de Mathieu Lindon, qui s’intitulait « Merci », et qui racontait l’histoire d’un champion de tennis qui décidait de devenir écrivain. Mais un de ses amis le prévenait d’avance, en lui rappelant qu’en littérature, contrairement au tennis, il n’y a pas de classement ATP. Difficile en effet de savoir en littérature qui est le champion, ce qui différencie radicalement l’art du sport. C’est peut-être une première explication de ce titre, « En l’absence de classement final ». L’autre explication, c’est que toutes les nouvelles d’un recueil entrent en compétition entre elles — ici, il y en trente de longueur très variables —, elles sont évidemment de qualité inégale même si elles sont toutes de très bonne qualité, et on a naturellement nos préférées ; le plaisir de lire un recueil de nouvelles étant justement, pour le lecteur, d’opérer un classement entre elles — un classement auquel l’auteur, lui, naturellement se refuse.

Tristan Garcia a écrit ces nouvelles en s’imposant trois sortes de contraintes : 1°) parler dans chaque nouvelle d’un sport différent. 2°) situer l’action de chaque nouvelle dans un pays différent. 3°) écrire chaque nouvelle sur un ton, un registre émotionnel différent. Si bien qu’à la fin, vous lecteur, vous avez effectué un triple tour du monde : un tour du monde des pratiques sportives qui vous fait passer de la pelote basque au handball, de la boxe au ping-pong, du cyclisme au football, etc. ; un tour du monde géographique qui vous fait passer de Cuba à l’Afrique du Sud, et de la Belgique à la Chine, etc ; et si je puis dire un tour du monde des émotions, qui vous fait passer du rire aux larmes ; et là aussi, j’ai assez envie de dire etc, tant le spectre des émotions est grand.

Vous savez, dans la vie, je suis un peu comme Churchill : « No sport ». Le seul sport que j’aime vraiment, c’est la Formule 1, alors je pourrais vous parler de la nouvelle sur la F1, où un pilote pète une durite au sens figuré. Mais ma préférée, c’est sans doute la nouvelle sur le handball, qui s’intitule « La libéro de Cuba », qui raconte l’histoire tragique d’une jeune joueuse de hand cubaine, qui par ailleurs est lesbienne. Je ne raconte que ça, car le reste j’espère bien que nos auditeurs le liront.

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