La Belle Echappée
La Belle Echappée © Radio France

Je vais vous parler en tout bien tout honneur d’un roman pornographique. Nicholson Baker est un écrivain américain que j’adore, aux idées toujours originales. Dans les années 90, il avait déjà écrit un roman érotique, Vox, sur le phénomène des téléphones roses, ces réseaux où l’on pouvait se retrouver anonymement en liaison téléphonique avec un ou une partenaire pour avoir une conversation crue. Depuis, Internet a fait irruption dans nos vies, et nous pouvons accéder à toute sorte de pornographie en quelques clics. Comment un récit pornographique peut-il alors encore rivaliser avec l’image ? C’est ce défi qu’a cherché à relever Nicholson Baker dont le titre original n’est pas « La Belle échappée » mais « La Maison des trous ». Pourquoi la « Maison des trous » ? C’est parce que c’est par un trou, un trou dans le réel qu’on accède à un espace parallèle, « La Belle échappée » qui se présente comme un parc à thème sexuel, où l’on peut réaliser tous ses fantasmes bon enfant, si je puis dire. Ce trou, ce peut être la paille du cocktail que vous êtes en train de siroter, le tambour d’une machine à laver, le trou d’un terrain de golf, et hop, vous voilà aspiré dans un autre monde. Evidemment, tout ressemblance avec Alice qui accède au pays des merveilles par un terrier est volontaire. Et de fait, « La Belle échappée » c’est le pays de la sexualité merveilleuse, joyeuse, pas crade, jamais lourdingue. De « La Belle Echappée » décollent même des « pornavions » qui sont chargés d’aspirer le mauvais porno déprimant qui s’accumule sur notre pauvre monde réel. « La Belle échappée », c’est le pays du beau sexuel, de la baise joyeuse. Et figurez-vous que c’est gratuit pour les femmes, et très cher pour les hommes. Comme d’habitude... L’endroit est dirigé d’une main de velours dans un gant de fer par Lila, et quand la patronne dit non, c’est non. Et si vous désobéissez, on vous les coupe, mais comme on est sympa, on vous les rend après. Et puisque nous sommes dans un parc d’attractions, il y a… des attractions. Les « Masturbateaux » par exemple, la « Planchatte » où les femmes font surfer la moitié inférieure de leur corps sur un lac particulier, la Flopée de Tétons, l’Arbre à chibres, vous pouvez aussi vous faire enlever vos tatouages par un tatoueur qui les prend sur lui, etc. Et dans « La Salle de Velours », Borodine et Rimski-Korsakov peuvent interpréter une de leurs compositions en frottant leur sexe sur vos jambes… Bref, tout ça est très amusant, très excitant et encore une fois, très bon enfant. Et pour finir, voici ce que déclarait Nicholson Baker dans une interview : « Le plus grand avantage du sexe écrit, si on le compare aux vidéos pornos, c’est que l’humour reste possible. La nudité dans un porno est tellement oppressante pour l’arrière du cerveau que tu arrêtes de rire. Des seins nus sont rarement drôles. »

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