Mon livre sous le bras ce matin, c’est « Le Bloc », un roman noir, très noir, d’un auteur français, Jérôme Leroy, et publié en grand format à la… Série Noire, cela va de soi.

Il est toujours amusant de voir comment les bons livres rencontrent l’actualité. Je lisais récemment sur l’excellent site d’information Rue 89 que pour protéger sa délégation à Benghazi, en Lybie, l’Union européenne avait choisi Jean-Pierre Chabrut, ex-responsable du Département protection et sécurité (DPS) du Front National.

Or, l’un des deux personnages principaux du roman de Jérôme Leroy se trouve être lui aussi un ancien chef du Département protection et sécurité d’un parti d’extrême droite qui ne s’appelle pas dans le livre Front National mais qui lui ressemble étrangement : le Bloc Patriotique.

D’où le titre du livre : le Bloc.

Entre le Front National et le Bloc Patriotique, c’est un peu comme dans le jeu des sept erreurs. Jusqu’à il y a peu, le Bloc Patriotique était dirigé par celui que tout le monde dans le parti surnommait « Le Vieux », lequel, bon orateur mais allègre dans le dérapage verbal, n’était pas breton mais normand, et n’avait pas perdu un œil mais une main. Quand commence le roman de Jérôme Leroy, il vient justement de passer la main, celle qu’il lui restait, et de donner la tête du parti à sa fille qui, dans le roman ne s’appelle pas Marine, mais Agnès, et n’est pas blonde mais brune. Bref, disons-le clairement : « Le Bloc » est un roman sur le Front National. Sur sa nature. Sur sa culture. Sur sa dangerosité. Et donc, hélas, aussi sur son avenir.

Tout se passe en une nuit. Une nuit d’émeutes en banlieue comme celles que la France a connues en 2005. Le bilan est déjà très lourd : plus de 700 morts. Complètement dépassé, le gouvernement de droite décide donc, pour se couvrir, de s’ouvrir à l’extrême droite. Il n’y met qu’une condition : que le Bloc Patriotique se débarrasse physiquement de son chef du Département protection et sécurité, Stanko dans le livre. Stanko est un prolo du Nord de la France devenu d’extrême droite quand il a vu son père ouvrier sidérurgiste au chômage sombrer dans l’alcool, dans les années 80. Poursuivi par les mercenaires qu’il dirigeait encore hier, il s’est réfugié chez un marchand de sommeil dans le onzième arrondissement de Paris. À l’autre bout de la capitale, Antoine, un intello originaire de Rouen, devenu lui d’extrême droite par dandysme et goût littéraire, désormais marié à Agnès, la présidente du Bloc, attend lui aussi. Et tous les deux se souviennent. Autrefois ils étaient frères de sang.

Cette structure romanesque implacable (qui n’est pas sans rappeler la nouvelle de Sartre « l’Enfance d’un chef ») permet à Jerôme Leroy de raconter de façon codée, c’est-à-dire romanesque, le devenir majoritaire et respectable de l’extrême droite française, à la fois du point de vue d’un prolo et d’un intello du parti. Des bastons avec l’extrême gauche à Orange, en passant par la scission des mégrétistes, des rapports de l’extrême droite avec les milices chrétiennes du Liban jusqu’aux « accidents de la route un peu trop fréquents au Bloc », Leroy raconte avec un talent, qui n’est pas sans rappeler celui de feu Jean-Patrick Manchette, cette histoire hélas un peu trop française.

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