Colette (livre)
Colette (livre) © Radio France

Colette est à la mode, quand bien même elle est morte en 1954, et que son chef-d’œuvre, « Le Blé en herbe » date de 1923… Ils sont rares, les écrivains de cette génération à connaître une telle postérité. Bien s

ûr, elle était comme disait Pierre Mac Orlan, « la femme la plus libre du monde ». La preuve, elle a couché avec le fils de son mari, Bertrand de Jouvenel, ce qui lui inspirera « Le Blé en herbe ». Elle a aussi été strip-teaseuse, elle fit pour commencer le nègre de son mari Willy, elle a été journaliste, et puis elle s’est émancipée, et elle a commencé à écrire ses propres livres, en parlant de choses scandaleuses pour l’époque, en parlant du corps, de plaisir physique, de bisexualité (elle était bisexuelle) avec toujours pour morale, pour étrange morale pourrait-on dire que : « L’amour n’est pas un sentiment honorable ». Alors évidemment une pareille biographie ça vous pose une femme. Mais cela n’explique pas quand même pas sa postérité littéraire.

Pour la comprendre, on peut commencer par lire dans les Cahiers de l’Herne, le dernier texte, celui de Jean-Marie Le Clézio. Il dit que Colette se situe souvent pour son lecteur « au début de la littérature ». Il écrit : « On lit Colette et on oublie les mots, on oublie la barrière du langage écrit, l’auteur, la culture. On lit : on vit ». Colette est un écrivain limpide, l’unique écrivain matériel, dit Le Clézio. Et là, évidemment, avec ce mot « matériel », on pense à une autre romancière, Marguerite Duras qui a fait ce beau livre d’entretiens qu’elle avait appelé « La vie matérielle ». Comme le dit Simone de Beauvoir dans un texte qu’on trouvera aussi dans ce Cahier de l’Herne, Colette c’est la Déesse-Mère : c’est-à-dire la romancière française, dont découlent toutes les autres, de Simone de Beauvoir à Virginie Despentes, en passant par Duras.

Mais Colette n'est pas vraiment féministe.Elle détestait par exemple les suffragettes (puisqu’à cette époque, les femmes n’avaient pas le droit de vote) à qui elle promettait des coups de fouet ! Rien que ça ! Le trésor de ce recueil de textes autour de Colette, c’est un entretien qu’elle a donné en 1927 au philosophe allemand Walter Benjamin. Il était venu lui poser la question suivante : « La femme doit-elle participer à la vie politique ? » Et voici la réponse de Colette, je vous la lis : « J’ai appris à connaître la bureaucratie politique, la pire de toutes. Les femmes sont, dieu merci, une force anarchiste explosive pour tout ce qui est bureaucratique. C’est un non-sens, une absurdité, d’engager la femme à l’intérieur d’un organisme bureaucratique : elle est l’unique énergie capable de faire face à la bureaucratie et de lui fixer des limites. » A méditer, comme on dit.

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