Espace : de la lune à mars
Espace : de la lune à mars © Radio France

Volume 16 : Espace, de la Lune à Mars

Avec Jean-François Augereau , qui a rédigé l'introduction de cet ouvrage et choisi les textes. Journaliste pour Le Monde de 1979 à 2007, il est spécialisé dans les questions scientifiques et a été notamment chef du service Sciences au sein du quotidien.

Que reste-t-il de la conquête spatiale, près de soixante ans après le lancement par l'Union soviétique du premier satellite artificiel de la Terre, Spoutnik-1, en 1957 ? A dire vrai, une certitude : l'indifférence quasi générale pour tout ce qui se passe là-haut et pour ce que les agences spatiales pourraient vouloir nous vendre, à l'exception peut-être du rêve de la conquête de Mars.

Et pourtant, jamais l'humanité n'a été autant dépendante des applications spatiales. Télécommunications, retransmissions de programmes de télévision, échanges de données à haut-débit, météorologie, climatologie, surveillance des océans, observation de la Terre, GPS, astronomie ou exploration du système solaire... Toutes ces technologies ont leurs racines dans ces années où Moscou et Washington faisaient la course pour atteindre la "Nouvelle Frontière". Une course faite par les militaires et pour les militaires.

N'en déplaise aux rêveurs, la conquête spatiale est bien fille de la guerre. Et petite-fille, aussi, de quelques passionnés dont les fusées modestes appellent au génie d'autres bâtisseurs. Ils seront deux : l'Allemand Wernher von Braun et le Soviétique Sergueï Korolev. En moins de dix ans, le premier conçoit pour les nazis l'"arme de représailles no 2" ou V2, lancée par centaines sur Londres et Anvers. Ce faisant, il porte l'art des fusées à un niveau que Londres, Paris, Washington et Moscou feront tout pour atteindre à la fin de la guerre. Pragmatique, von Braun se livre aux Américains. A ce jeu, Moscou s'appuie sur Sergueï Korolev, qui dessine la R7.

Trop complexe à mettre en oeuvre et mal adaptée, elle devient le lanceur des missions spatiales et des satellites soviétiques. Et surtout du premier d'entre eux, Spoutnik 1, mis en orbite le 4 octobre 1957. Les Américains sont sous le choc. Paradoxalement, les Soviétiques ne prennent conscience que le lendemain du formidable outil de propagande que leur offre cet exploit. Moins d'un mois plus tard, ils lancent Spoutnik 2, à bord duquel une petite chienne a pris place.

Puis vient le premier vol d'un homme dans l'espace avec Youri Gagarine, le 12 avril 1961. Que faire ? Ce ne sont pas les sauts d'Alan Shepard et de Virgil Grissom qui vont permettre à Washington de relever la tête. Il faut un électrochoc que John Kennedy, président fraîchement élu et pourtant peu porté sur la chose spatiale, crée le 25 mai 1961 en appelant l'Amérique à conquérir la Lune sous dix ans. Washington voulant la Lune, Moscou la veut aussi. Mais quand la gigantesque fusée lunaire américaine Saturn V, conçue par von Braun, engrange les succès, l'engin de Korolev, la N 1, accumule les problèmes.

L'Amérique tient sa revanche, mène à bien cinq autres missions lunaires et en sauve une – Apollo 13 – avant de renoncer, fin 1972, à cette conquête dispendieuse, victime du désintérêt du public, des critiques des scientifiques et des coûts du conflit vietnamien. Les Soviétiques, eux, se replient sur des projets moins ambitieux, les stations orbitales, dont ils deviendront les champions.

En l'absence de réel adversaire, les Américains se lancent dans des rêves d'ingénieur que Moscou ne pourra suivre. La navette spatiale est de ceux-là. En voulant l'imiter, les Soviétiques se brûleront les ailes. Mais les présidents Ronald Reagan et George Bush proposent de nouveaux défis à une Union soviétique déjà affaiblie : la "guerre des étoiles", le retour de la présence humaine sur la Lune, la conquête de Mars et la construction d'une grande et coûteuse station spatiale américaine.

Moscou abdique, victime de la chute des cours du pétrole, de la faillite de l'économie et de l'épuisante course aux armements née de la guerre froide. Le mur de Berlin s'effondre, l'empire s'effrite. Touchée à son tour par la crise, l'Amérique s'engage dans une certaine privatisation et un partage du secteur. Un choix que ne prisent guère les Chinois – et, à un moindre degré, les Indiens –, bien décidés à tenir seuls face au vent, alors que Moscou et Washington s'allient pour partager avec les Européens le coût d'exploitation de la Station spatiale internationale.

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