Et c’est reparti pour un Tour : le 104e du nom, depuis plus d’un siècle, on sort les petits coureurs de la boite en carton, on pose leur cul sur une drôle de machine...

Et roulez jeunesse ! Oui jeunesse car il faut être jeune pour encaisser le chaud, la pluie, 30000 kms par an, les cols, la douleur, le dopage, les ralentisseurs, le doute, la chute, la précarité, les « Vas y Poupou », et même les tapes dans le dos : le vélo est un sport de rudes.

Même si vous considérez le Tour comme un immense calicot publicitaire, comme une pharmacie ambulante ou un avatar moderne du pain et des jeux . Le Tour est un patrimoine, un truc quasi universel, un pan de la mémoire collective, une chanson de geste pédalante qui déroule son tapis de paysages en un spectacle consensuel.

La souffrance est devenue 2.0 mais elle demeure

L’idée de départ sortie du cerveau de Géo Lefèvre bras droit d’Henri Desgranges est délirante et relève d’un désir d’inhumanité.

Aujourd’hui le cyclisme épuise sa mythologie et tente de la régénérer avec des coureurs gérés par ordinateur.

Quel rapport y a-t-il entre le premier Tour de 1903, celui d’Eugène Christophe en 1913 réparant lui-même sa fourche cassée dans le Tourmalet lors d’une étape de 326 km cassant sa fourche dans la descente du Tourmalet et devant réparer lui-même, celui de 1947 de Robic, celui de Merckx en 69, de Hinault 85, de Pantani 98 en plein shoot d’Epo et des coureurs aujourd’hui l’œil rivé sur les watts ? Aucun. Enfin si : es gars-là gagnent leur vie en souffrant pour nous faire plaisir, en laissant passer le soleil dans les rayons du mois de juillet.

Le Tour, de ville en ville, est un cirque grandiose qui nous ravit

Un manège enchanté avec des coureurs chevaux de bois, les enfants qui applaudissent en voyant tourner le bastringue et le directeur qui ramasse les tickets en agitant la queue du Mickey.

Oui le Tour fait appel à l’enfance, à l’amour du territoire, au besoin d’admirer l’inaccessible, car pédaler 6 heures par jour à 40 à l’heure durant 21 jours n’est pas un truc « normal ». Mais dans ce monde normé, aseptisé en tout, la normalité nous emmerde.

Le Tour nous plait

Car le vélo avec ou sans petites roues est un outil d’enfance. Chacun est monté sur un vélo et a souffert dessus.

Plusieurs générations de petits bonhommes ont lancé des billes dans un bac à sable avant de déposer avec émotion son cycliste en plomb, en plastique ou en carbone.

Et puis c’est bon d’attendre, d’attendre le Tour au bord de la route, aux lèvres outrageusement maquillées de publicité.

Et puis si tu ne vas pas au Tour de France, le Tour de France ira à toi... sur le pas de ta porte.

A l’origine, les coureurs étaient agriculteur, boulanger, serrurier, borderline, durs au mal et fort en gueule : bref des gaulois, des français.

Les gens aiment leur pays et regardent aujourd’hui davantage le Tour pour les paysages que pour la course

Antoine Blondin, génial chroniqueur buissonnier de la légende des cycles, ne s’y trompait pas : « Le Tour de France est une épreuve de surface qui plonge ses racines dans les grandes profondeurs ».

Le Tour écrit son histoire sur sa propre géographie.

Proust, dans son questionnaire, à la question « Quelle est votre occupation préférée ? » et bien l’auteur de « La recherche du contre la montre perdu » répondait : "Aimer". Blondin, n’hésitait pas un instant, et rechapant un verre vous sortait sans hésiter « Suivre le Tour de France », ce qu’aurait surement répondu Marcel Proust 1871-1922 mais dans les années 1900 il y avait très peu de retransmission de la grande boucle à la télé.

Le Tour est une madeleine aux odeurs d’embrocation.

A quoi ressemble ce Tour 2017 ?

A un objet compressé sur la droite de la carte de France. Il y a un net tropisme vers l’est. La Bretagne, la Vendée, la Normandie, le Nord, le Centre attendront l’année prochaine. C’est la règle du jeu.

Cette découpe n’empêchera pas la vigueur et les attaques. Les 5 massifs seront honorés : Vosges, Jura, Alpes, Massif Central Pyrénées et l’Izoard en guest star. Oubliés les contre la montre de 100 km, moins de 40 bornes en deux fois. Mais une arrivée sur le stade vélodrome de Marseille et un passage culturel dans le Grand Palais.

Il démarre tout à l’heure à Dusseldorf sur les bords du Rhin, dans les rues du Klein Paris, surnom de la capitale de Rhénanie du Nord Westphalie. Le Tour est aussi un objet politique de bonne entente entre les peuples.

Les 198 coureurs vont parcourir 14 km contre la montre. Deux siècles plus tôt, été 1817, le baron allemand Karl Drais parcourt avec sa Laufmashine, sa machine à courir la même distance 14,4 km en une heure en actionnant ses pieds au sol. La draisienne était née.

La France la dota de pédales près de 50 ans plus tard.

Levons une bière, un bidon d’eau en l'honneur du premier vélocipède, et laissons rouler le p’tit vélo qu’on a tous dans la tête.

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