Qui dit Vesoul, dit Brel ! Impossible évidemment d’échapper à la chanson enregistrée en 1968 pour son premier album écrit après ses adieux à la scène un an plus tôt.

Le chanteur belge Jacques Brel chante pour la dernière fois devant le public du music-hall parisien l'Olympia le 7 octobre 1966, mettant ainsi un terme définitif à sa carrière musicale. AFP
Le chanteur belge Jacques Brel chante pour la dernière fois devant le public du music-hall parisien l'Olympia le 7 octobre 1966, mettant ainsi un terme définitif à sa carrière musicale. AFP © AFP / afp

D’ailleurs les paroles peuvent être détournées de leur sens premier pour coller au Tour :

Vesoul, vue comme ville-départ :

T’as voulu voir Vesoul et on a vu Vesoul,

T’as plus aimé Vesoul, on a quitté Vesoul…

Prenez un coureur qui n’aurait qu’une idée, celle d’abandonner :

Et je te le dis, je n’irai pas plus loin, mais je te préviens, j’irai pas à Paris…

Quant à l’auditeur, qui n’aimerait pas le Tour et son folklore

D’ailleurs, j’ai horreur De tous les flonflons, De la valse-musette

Et de l’accordéon…

Le seul accordéon qui doit rester sur le Tour, c’est avant tout celui que peut faire un coureur entre deux échappées.

Donc, le Tour quitte la préfecture de la Hte Saône et la Franche-Comté pour rallier en quelque 216 km Troyes, préfecture de l’Aube, hélas plus célèbre désormais pour ses magasins d’usine que pour sa bonneterie, son champagne, ses foires d’antan qui la mettait au cœur de l’Europe marchande et culturelle … et son andouillette ! … à ne jamais oublier, mais peut-être pas à 8h57.

Au km 135, les coureurs passeront à toute allure à Colombey-les deux Eglises, c’est là que sera disputé le sprint du jour. Tout le contraire du passage du Tour en 1960 ! Le 16 juillet de cette année-là, c’était l’avant-dernière étape du Tour.

Partie de Besançon, elle s’achevait aussi à Troyes, mais les organisateurs avaient arrêté le peloton pour saluer « affectueusement », selon le mot de Jacques Goddet, le général de Gaulle, présent au bord de la D104.

Archive Tour de France 1960

Avant les contrôles anti-dopage

Un arrêt exceptionnel à l’époque, car les coureurs ne mettaient pas encore pied à terre pour protester contre les contrôles anti-dopage (et pour cause, il n’y en avait pas) et les agriculteurs ou salariés d’entreprise en grève ne prenaient pas le Tour en otage, car les directs à la télé étaient très limités…

On présenta donc au chef de l’Etat les champions français, Jean Graczyck, porteur du maillot vert et André Darrigade, qui arborait le maillot arc-en-ciel de champion du monde. Et le maillot jaune, celui qui allait le lendemain l’emporter à Paris, l’italien Gastone Nencini.

"Je ne vois pas Anquetil"

Six jours plus tôt en effet, le grand favori Roger Rivière, alors 2ème du général (je veux dire du classement général), avait quitté la course et même la carrière de coureur, la colonne vertébrale brisée par sa chute dans la descente du col du Perjuret …

N’ayant pu saluer ce jour-là un Français vainqueur du Tour, de Gaulle prit sa revanche quelques années plus tard. Il avait chargé son ministre des Sports, François Missoffe, de dresser une liste de champions dignes d’être faits chevaliers de la Légion d’honneur : le ministre avait inscrit sans hésiter le patineur Alain Calmat, le rugbyman Michel Crauste, le skieur Guy Périllat et les athlètes Jazy et Delecour.

« Mais je ne vois pas Anquetil dans votre liste, Missoffe », s’étonna le général.

« C’est que, euh, on parle, mon général, euh, de dopage… », bafouilla le ministre.

« Anquetil a t’il, oui ou non, fait jouer la Marseillaise ? », tonna de Gaulle.

« Bien sûr, mon … »

« Alors ? »

Et c’est ainsi que le 5 octobre 1966, le Grand Jacques reçut des mains du Grand Charles la croix de la Légion d’Honneur. Il fut même, ce jour-là, en vertu de l’ordre alphabétique, le premier des six !

Et du côté de Bar sur Aube et des environs ? les coureurs n’auront pas le temps de visiter les dépôts de détritus radioactifs, une étape à Bure ne semble pas inscrite comme ville arrivée sauf pour les déchets nucléaires à vie bien plus longue que le Tour de France

Et si on lève la tête, vous qui défendez la nature ?

Si vous voyez dans le ciel des trucs avec des plumes qui volent en V, ce ne sont pas des drones, les enfants ! mais des grues qui passent leur vacances françaises au lac du Der-Chantecoq ; elles habillent le ciel avec beaucoup de grâce et ont inventé les bordures, les relais, les capitaines de route, elles profitent de l’aspiration de la copine précédente … et ceci bien avant le peloton et l’invention du cyclisme.

On traversera aussi la Belle forêt d’Orient, encore un Parc Naturel Régional, forêt de Templiers qui doit son nom aux croisades qui duraient un peu plus longtemps que le Tour mais quand on revenait de là-bas avec le maillot à pois c’est qu’on avait chopé une maladie.

Chrétien de Troyes, auteur de maintes chansons de geste aurait-il été sensible à cette épopée en carbone ? allez savoir … mais il est certain qu’il aurait soutenu le Salon du livre de jeunesse de Troyes, asso Lecture et Loisirs, un des meilleurs de France… et puis le cœur de Troyes à la forme un bouchon de champagne, il sautera encore pour un sprinter qui aura le droit de lever le coude mais pas d’en jouer.

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