Il y a du regroupement au programme ! Non pas forcément au classement général déjà serré mais entre les communes ...

Ainsi le nom de la ville-départ du jour ne date que du 1er janvier 2016 et résulte - au prix d’un grand effort de créativité qu’il faut ici saluer - de la fusion des communes aveyronnaises de Laissac et de Séverac l’Eglise. Bref , souci de rapprocher des communes françaises souvent trop petites et trop nombreuses.

Marché aux bestiaux, tripous, aligot, fouace, gâteau à la broche, de la diététique pour coureurs sous le patronage d’une ancienne grange féodale fortifiée du XIIIe siècle, le château des Bourines : plus rural et joli, tu meurs.

Grande première, le Tour va découvrir l’Aubrac !

On roulera sur la peau basaltique du monde Un massif volcanique culminant à près de 1400 mètres, plus ancien que la chaîne voisine des puys ; un pays aussi beau que pauvre, qui a connu plus que d’autres l’exode rural.

L’Alto braco, haut lieu élevé et humide, terres de sortilèges, plateau bosselé où le réel apparait comme un mirage, un horizon fait pour le fayard en forêt, le vent, les vaches rousses aux yeux de biche et fait pour l’herbe. Des rotondités fauves ou vertes piquetées de jonquilles puis de narcisses au printemps aux airs de steppe mongole avec des lignes de pierres qui dessinent ce bout d’infini. Un corps à corps permanent.

Julien Gracq décrivait l’Aubrac comme un morceau de continent chauve et brusquement exondé qui ferait surface au-dessus des sempiternelles campagnes bocagères qui sont la banalité de notre terroir

Domerie d’Aubrac, le potager de Germaine, Nasbinals, dont le parvis de l’église du XIIè siècle s’orne d’une coquille Saint-Jacques. La Lozère, très beau département cyclable, sur les hauteurs de la Margeride, ancienne province du Gévaudan. Non, la bête star 1764-67 ne va pas bouloter les coureurs … Pour une raison toute simple : il n’y a pas assez à bouffer sur un coureur, que des os avec des muscles recouverts de lycra et de publicité …

L’étape de toute beauté n’aura rien d’une promenade. Le parcours ne descendra pas vraiment sous les mille mètres, il offre tout ce qu’il faut pour une belle bagarre. Notamment à l’approche du final avec le col de Peyra Taillade qui fera remonter le peloton au–dessus des gorges de l’Allier. Presque du gâteau pour un grimpeur moyen… sauf que sur 1,5 km entre le hameau de Vergues et Saint-Bérain, la route se dresse, rectiligne, avec des passages à 14 %. Le col de La Pierre Taillée ...ils devraient s’en souvenir.

Encore Gracq, citons le : "on éprouve ici un « sentiment d’altitude et d’élévation" … Et oui, car pendant une bonne partie de l’étape, le Tour prendra à l’envers l’un des chemins de Compostelle les plus fameux de France, celui de la « via podiensis », celui partant du Puy. Bon, pas tout à fait le chemin des pèlerins, parce que le même si le GR 65 n’est pas adapté au vélo sophistiqué du coureur à peine à un solide VTT.

C’est donc du Puy que serait parti en 950 ou 951 son évêque Godescalc pour un pèlerinage à Santiago de Compostela, qui allait faire bien des émules depuis pour devenir une vraie mode ces dernières années.

Le Puy, devenu Le Puy en Velay en 1988, est connu entre autres pour sa cathédrale Notre-Dame de l’Annonciation avec son escalier pénétrant sous le porche pour s’achever sous la nef ou encore pour sa statue de la Vierge, au sommet du rocher Corneille, qui domine la ville/ une statue peinte en rouge et faite de la fonte de fer de 213 canons pris à la bataille de Sébastopol !

Le Puy est célèbre ... dentelle, lentilles vertes (le « caviar du pauvre ») et pour son infusion de verveine. Les rescapés du peloton n’auront sans doute pas besoin d’un tel breuvage pour s’endormir ce soir.

Quant aux meilleurs d’entre eux, qui recevront ce soir les honneurs du podium. Ils ignorent probablement que c’est de ce mot latin que viendrait le nom du Puy !

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