Combien de fois sur les 34 ascensions de l’Izoard depuis 1922, les coureurs, le sommet avalé, n’avaient qu’à plonger sur Briançon, distante de 21 km ?

Col de l'Izoard
Col de l'Izoard © Radio France / Denis Cheissoux/France Inter

Aujourd’hui l’étape, pour la première fois s’achève au sommet, un hommage à ce géant du Tour comme en 2011 au Galibier.

Superbe boucle ! passant des Hautes-Alpes aux Alpes de Haute-Provence et réciproquement ; on descend d’abord du nord au sud de la Durance

Briançon, la Gargouille, Ste Catherine, ses escartons et sa charte des libertés qui permettaient à ces cantons de l’ époque de s’administrer seuls. Elle doit à sa position frontalière avec le duché de Savoie d’être devenue une ville militaire façonnée par l’inévitable maçon architecte du Morvan ... Vauban !

Le peloton filera vers Montdauphin, Embrun et le lac de Serre-Ponçon. Rives parfois escarpées, avec ses « cheminées de fées », appelées « Demoiselles coiffées », des colonnes de pierres surmontées, coiffées, d’une autre pierre 2ème lac artificiel d’Europe par sa capacité. La construction du barrage sur la Durance, dont les crues étaient souvent catastrophiques, date de la fin des années 50 ; plusieurs villages furent engloutis, et cela inspira un film ... resté célèbre moins par son scénario signé Giono que par sa chanson éponyme signée Guy Béart, « L’eau vive ».

Puis on remonte d’est en ouest, l’Ubaye déploie son torrent fougueux d’origine glaciaire / idéal pour le rafting / un nid de cols pour les cyclistes / voici Barcelonnette, toujours animée en été, un coup d’œil aux villas les « Barcelonnettes », que se sont fait construire à leur retour au pays ceux qui avaient fait fortune au Mexique. C’est au milieu du XIXè siècle que nombre d’habitants de la région partirent en Amérique Centrale, espérant en revenir aussi riches que les frères Arnaud, les initiateurs de cette émigration. Rien à voir avec Bernard.

Dans le vélo, depuis les années 70-80, c’est plutôt dans l’autre sens, plutôt des Colombiens que des Mexicains, qui effectuent la traversée de l’océan dans l’espoir de devenir riche

A St Paul nous laissons la Haute Ubaye grimper sur les rebords du ciel et à sa source

D’abord le col de Vars, montée au tombeau, car c’est la signification provençale du mot Vars/ il usera les coureurs sur les 5 derniers km, rien en dessous de 8,2% pour atteindre les 2109 m. Descente large et rapide, Guillestre, le verrou d’entrée du superbe Queyras et ses 8 communes, la vallée du Guil, ces eaux joueuses aux yeux verts et violets connaissent par cœur l’animal pédalant.

A gauche : Izoard 14,3 km Vous avez dit Izoard ? comme c’est Izoard … Sans doute un nom de personne d'origine germanique « Isoward » composé de « isan » fer et « ward », gardien, un nom de guerrier. Arvieux plutôt protestante, Brunissard plutôt catholique , les % les plus durs sont bien là avant la forêt. Merveilleux lacets puis les mélèzes abandonnent la partie dans ce cirque d’éboulis, la casse déserte

Dino Buzatti parle " des fantastiques gradins de l'Izoard qui couperaient le souffle même à un aigle »

Des cargneules, des roches couleur rouille, un cadeau posté par la lune. On y passe en seigneur jamais par effraction. Ce que firent deux mythes à jamais réunis sur une stèle Coppi et Bobet, le voici

De 1949 à 1954, Coppi à 2 reprises, Bobet à 3 ont franchi en tête l’Izoard. Géminiani disait : « Le Tour se gagne à Briançon avant de se gagner à Paris » Thévenet en 75 Coppi, Bobet, Merckx en 72 pour en citer que quelques-uns l’ont bien compris et ne se sont pas dérobés aux injonctions de l’histoire.

Ce soir le podium du Tour sera en partie construit

En fait si les Alpes ont été inventées, si elles se sont dressées il y 30/40 millions d’années et si l’Izoard a pointé le bout de son nez, c’est pour une seule et unique raison : pour un jour pouvoir bien faire la différence entre les non grimpeurs et les vrais grimpeurs !

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