Enjeu simple : Romain Bardet sera-t-il sur la 3e marche du podium du Tour à Marseille ?

Sous le soleil, contre-la-montre de Marseille, 20e et avant-dernière étape du Tour de France.
Sous le soleil, contre-la-montre de Marseille, 20e et avant-dernière étape du Tour de France. © Flikr/CC PROPhil Beard

Ville de brassage depuis les Grecs venus de Phocée en Asie Mineure, brassage de nationalités. Un anglais, un colombien et un français sur le podium ? On le souhaite pour Romain talentueux et opiniâtre.

Un cycliste dans le serpentin de bitume qui virevolte entre roches et garrigues de la calanque de Sormiou, c’est aussi cela Marseille. Joli coin que les coureurs ne verront pas aujourd’hui. Les Calanques sont un aimant : 8500 ha de terre et 43000 ha devenus Parc National, le plus urbain de tous. Gestion pas simple, mais le jeu de la protection tout en gardant de l’activité en vaut la chandelle, à condition de ne pas y mettre le feu.

Une histoire marseillaise du Tour

C’est une histoire à la Pagnol vieille de près d’un demi-siècle : celle de deux colères et de deux vengeances.

Ce samedi 11 juillet 1971, cela débute par la faute d’un Merckx furibard d’avoir été ridiculisé lors de l’étape précédente par Ocana. Le sieur Merckx est bien décidé à laver l’affront au plus vite car la vengeance est aussi un plat qui peut se manger chaud ; et il ternira les relations de Marseille avec le Tour.

Je vous raconte : la veille, Luis Ocana, regard noir et jambes de feu, pose ses banderilles 4 par 4 dans le dos de Merckx. La victoire est nette, superbe, l’idole descendue de son piédestal, il arrive a Orcières-Merlette avec 8’42 de retard.

Et le lendemain ? Dès le départ, dans la descente d’Orcières avec son équipe de charcuterie italienne Molteni, Merckx fait tourner ses jarrets, roule à bloc avec un seul but : découper Ocana en rondelles de saucisson ibérique, spécialité que Molteni n’a pas encore à son catalogue. L’étape arrive donc à Marseille, mais le Tour prit une telle avance sur l’horaire le plus optimiste que lorsque Gaston Defferre, maire et empereur de la cité phocéenne, se présenta dans l’aire d’arrivée, non loin du bien nommé quai des Belges, on était déjà en train de démonter les tribunes.

- Mais qu’est ce qu’ils ont bouffé ? - Du Luis Ocana, Monsieur le Maire !

Furieux de n’avoir pas été prévenu par la Direction de course du changement d’horaire (il n’y avait ni portable, ni SMS en ces temps quasi-préhistoriques) et donc de ne pas passer à la télé (qui, elle, existait déjà), le maire jura que, lui vivant, le Tour ne reverrait pas Marseille. Et c’est vrai que la Grande Boucle ne repassa par la cité phocéenne qu’en 1989, trois ans après la mort du colérique Gaston.

Voilà en tout cas une mésaventure qui n’arrivera pas aujourd’hui à Jean-Claude Gaudin, patron non moins emblématique de la ville. Les organisateurs lui ont concocté une étape qui se déroule entièrement dans Marseille et, comme c’est un contre-la-montre, les horaires sont connus à l’avance.

L'étape contre-la-montre

A Marseille comme en Provence, et le midi en général, il est un arbre phare, une star des bords de route apprécié des cyclistes : le platane.

Un contre-la-montre, rien de tel pour les derniers comptes à régler au classement général. Et rien de tel non plus que de le faire à Marseille qui, en matière de règlements de comptes, ne craint personne. Oh, pas d’inquiétude, le parcours de 22,5 km ne passe pas par les quartiers Nord !

Le fameux Stade Vélodrome est à la fois lieu de départ et d’arrivée. De vélodrome, il n’a plus que le nom, n’ayant pas vu de coureurs cyclistes depuis belle lurette, étant avant tout le terrain de jeux favori de l’Olympique de Marseille. D’ailleurs son nom a changé depuis l’an dernier puisque, telle une vérole, un mal qui se répand partout, un sponsor y a accolé le sien. Il s’agit de celui - très coloré - d’un opérateur de télécom...

Au sortir du stade, chaque coureur mettra d’abord le cap vers la plage du Prado, histoire sans doute de voir enfin la mer - ça aura été la seule fois cette année. Puis longera la belle bleue par la corniche du Président Kennedy en direction du Vieux-Port. On passera devant le Palais du Pharo, bâti pour l’épouse de Napoléon III sur les mêmes plans que sa Villa Eugénie de Biarritz.

Pas question évidemment pour franchir le Vieux-Port de profiter du ferry-"boîte" de Môssieu Escartefigue.

Il faudra suivre la voie pavée qui ne rappelle tout de même pas l’Enfer du Nord. Voici derrière les immeubles dus à l’architecte Fernand Pouillon, le quartier du Panier, que même les plus jeunes connaissent grâce à « Plus belle la vie », qui leur est plus familier que le folklore local un peu suranné de Pagnol.

C’est au niveau du Mucem, que s’effectue le demi-tour

Le Mucem, superbe musée « des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée ouvert depuis 2013 dans l’enceinte du Fort Saint-Jean. Il a repris les collections du Musée des Arts et Traditions populaires, qui croupissent dans le bois de Boulogne à Paris depuis sa fermeture, à deux pas de la Fondation Vuitton.

Histoire de corser l’étape et de ne pas faire la part trop facile aux purs rouleurs, un détour sur le chemin du retour par la Bonne Mère, je veux parler de Notre-Dame de la Garde, ancien poste de vigie maritime, basilique récente d’inspiration romano byzantine. Atteinte au bout d’un bon km à 9,5%.

Cela ne comptera pas au classement de la meilleure grimpeuse pas plus que la Vierge Noire du Puy.

Au bout de l’exercice, qui devrait être couvert par les meilleurs à près de 50km/h quand même, le Tour aura définitivement sacré son César et on saura vraiment qui en sortira Fanny.

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