Nous y voilà ! Après trois semaines, interminables pour ceux qui n’aiment pas ça et trop courtes pour les passionné.e.s, le Tour est à Paris.

L'ultime, légendaire, étape sur les Champs
L'ultime, légendaire, étape sur les Champs © AFP / TDWsport Sarl / DPPI / Tim Dewaele

Que dis-je Paris ? Les Champs-Elysées, une évidence depuis 1975. Yves Mourousi, star de la télé, a convaincu le jeune Président de la République de l’époque d’y accueillir l’arrivée du Tour, qui se cherchait un lieu digne de sa légende depuis que le Parc des Princes avait cessé d’être aussi un vélodrome.

Par chance, cette année-là, un Français, Bernard Thévenet, eut le bon goût de mettre un terme à la dictature merckxiste, car le libéral Giscard n’avait rien de très… merckxiste.

Certaines années tout de même, les organisateurs prenaient encore au sérieux ce final pour départager les concurrents.

En 1989, un contre-la-montre fut proposé, comme au temps de certaines éditions des années 60

Hélas, en ce millésime anniversaire du bicentenaire de la Révolution française, un Américain Greg Lemon eut le mauvais goût de rappeler pour 8 secondes à un Français Laurent Fignon qu’en matière de révolution, les Etats-Unis nous avaient aussi devancés.

Depuis lors, plus question d’offrir le dernier jour autre chose qu’une kermesse, comme on dit en Belgique, un tourniquet final, un critérium national. Tout juste cherche t’on à trouver un nouveau gadget.

Ainsi, sous prétexte que les Champs montent en faux-plat de la Concorde à l’Etoile, il y eut pendant plusieurs années attribution de points pour le classement de la montagne. C’était une période ridicule et une insulte pour les grimpeurs, les cols et les vraies côtes.

Cette dernière étape part symboliquement de Montgeron

Quand on se vit comme un monument historique, normal qu’on aime s’autocélébrer. Le Tour a donc choisi de donner le départ des derniers 103 km, là même où le premier Tour s’élança en 1903, à Montgeron devant l’auberge du "Réveil-Matin" mais pas besoin pour les coureurs de 2017 de faire sonner le leur car il sera déjà presque 15h quand Christian Prudhomme abaissera une dernière fois le drapeau.

Dans la peau de Maurice Garin, premier vainqueur du Tour

On est 1960, au départ le 1 juillet à 15h16, j’avais remporté deux Paris Roubaix, un Bordeaux Paris 1m63 on m’appelait le Petit ramoneur, je le fus, mais jamais fumiste sur un vélo.

Se débrouiller tout seul, aucune aide. On avait déjà inventé la roue libre mais elle était interdite par le règlement donc on tournait les jambes tout le temps avec notre pignon fixe du diable sur des vélos de 13,5 kg moins qu’un Vélib mais quand même… Le taulier Henri Desgrange était un peu sadique.

Et le tracé, Maurice ? Simple 6 étapes Montgeron Lyon- Lyon Marseille- Marseille Toulouse Bordeaux Nantes Paris. Souvent sur des chemins, ça suivait les lignes de chemin de fer pour que les contrôleurs puissent nous rejoindre ; parfois on arrivait à l’étape avant eux.

Pas de massage, pas de diététique, pas de dopage... un peu quand même mais surtout du vin rouge qui, nous disait le docteur, était un aliment. Et tant pis si on a un peu oublié les circonstances pas très politiquement correctes de l’origine de l’épreuve.

Au début du XXème siècle, le journal "Le Vélo" dominait le marché de la presse sportive

Il était dirigé par Pierre Giffard, un partisan résolu du capitaine Dreyfus. Le sponsor du journal, le comte de Dion, antidreyfusard militant, l’avait lâché pour lancer un autre quotidien "L’Auto-Vélo", confié à Henri Desgrange. Mais les ventes du nouveau journal, de surcroît condamné en justice à retirer le mot « vélo » de son titre trop… "pompé" à son concurrent, stagnaient dangereusement. Jusqu’à ce que le journaliste Géo Lefèvre, 25 ans, souffle à son patron Desgrange l’idée d’une course faisant le tour de la France. Fallait faire du buzz. On connaît la suite. Porté par l'événement, « L’Auto » et ses pages jaunes comme le maillot, supplantèrent « Le Vélo », qui disparut dès 1904.

Ce qui reste 104 Tours plus tard ? Les mêmes semeurs d’énergie mais 2.0 toujours de la démesure avec moins de folie dans les attaques, la joie intacte des spectateurs qu’on transforme en panneau publicitaire.

Oui, je sais, l’empreinte carbone du Tour, 2000 véhicules et 4000 personnes enrobés de sponsors pas tous clean sur l’environnement, un petit concentré du capitalisme qui veut du toujours plus etc. Mais j’y peux rien, le vélo et le Tour c’est une madeleine, un truc de môme ! Et si je grimpe des cols seul dans le silence merveilleux de la montagne au milieu des torrents, des marmottes, c’est parce qu’au début, avant de devenir randonneur, il y a eu le Tour et des cols. Tous les gens qui nous écoutent et font du vélo me comprennent.

Une nouveauté encore cette année ?

Le Tour ne passera jamais sous la Tour Eiffel car on ne passe sous les jupes d’une vieille dame. En revanche, il fera son entrée sur les Champs après avoir traversé la nef du Grand Palais ! Une façon de marquer le soutien du Tour à la candidature de Paris aux JO de 2024, dont certaines épreuves auraient lieu précisément dans l’enceinte du monument. Pourquoi pas ?

Il est vrai que longtemps s’est déroulé sous la célèbre verrière le salon de l’auto, qui était aussi celui du cycle. Alors le Tour et le Grand Palais, voilà bien deux monuments français, deux musées nationaux, qui méritaient d’être réunis comme on dit à la RMN.

Vingt-trois jours d’écriture et d’antenne non stop ; faire du vélo seconde nature chez Denis Cheissoux, vrai besoin

Les titres de ses émissions, L’as-tu lu mon p’tit loup, trouvé en grimpant le col de la Croix de Fer et CO2 mon amour dans un col de l’Ariège.

Merci à Jacques Langlois, tintinophile, camusien, Tour de Francophile distingué pour son soutien plumitif et amical.

CO2 mon amour, magazine de nature et d’environnement, retour samedi 1 septembre

L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.