J’aimerais commencer par une interview que je n’ai pas pu faire. Une rencontre que je n’ai pas pu enregistrer. A Téhéran quand on part en tant que journaliste, on doit être affilié à une agence de presse sur place, qui vous donne un traducteur officiel. Celui chargé d’écrire un rapport sur vous, de raconter ce que vous avez fait, qui vous avez rencontré et les questions que vous avez posées. En complément de ce qu’ils savent déjà avec l’écoute de votre téléphone ou la lecture de vos mails.

En Iran on n’est pas arrêté parce qu’on a fait quelque chose de mal, mais parce qu’on est un peu trop excité. La plupart de ceux à qui je voulais parler, jeunes journalistes, photographes, actrices, avaient des années de prison en sursis, et donc peur de parler. La tactique du régime est facile : on trouve une raison pour t’arrêter, on te fait peur avec un interrogatoire sérieux, et après quelques jours de prison, tu ressors avec 2,3,4,5 ans en sursis. Donc au moindre faux pas, on te rappelle.

Ce qui arrive, par exemple, c’est qu’une jeune fille à qui j’ai donné rendez-vous reçoive un texto avant notre rencontre : ne fais pas cette interview.

Il y a donc des rencontres que je n’ai pas faites. Il y a donc des paroles que vous n’entendrez pas. Mais vous savez maintenant que des jeunes filles m’ont dit, le temps d’un café et hors micro : j’ai peur.

Je suis artiste, arrêtez-moi : ARTIOM, 27 ans, jugé en Russie #procès

Je photographie des femmes : SARA, 27 ans, du magazine féminin Zanan e Emruz à Téhéran #femmes

Artiom à Moscou
Artiom à Moscou © Radio France / Aurélie Charon
  • ARTIOM LOSKUTOV, 28 ans : Cela fait 6 mois qu’il habite à Moscou, il a quitté sa ville de Sibérie, Novossibirsk, pour échapper à la justice et aux affaires en cours contre lui. Il a inventé en 2004 les "monstrations" : flash mob chaque 1er mai, sortes de manifestations d’inspiration dada : l’idée, sortir dans la rue avec des slogans qui n’ont aucun sens. On a alors pas vraiment de raison de vous arrêter. Mais en même temps c’est insupportable pour les autorités. Il a été arrêté et mis en prison en 2009.
Séance photo avec Sara à Téhéran
Séance photo avec Sara à Téhéran © Radio France / Aurélie Charon
  • SARA, 27 ans : photographe . Adolescente elle a commencé par prendre des photos de filles faisant du sport, football, voleyball. Elle a, l’air de rien, fait des images qui n’existaient pas avant en Iran.
Sara et son modèle à Téhéran
Sara et son modèle à Téhéran © Radio France / Aurélie Charon
  • Shahla Sherkat, rédactrice en chef du magazine féminin Zanan e-Emruz .Zanan avait été fermé en 2008 par Ahmadinejad. Il vient de ré-ouvrir 6 ans plus tard.
La cuisine de Zanan - Téhéran
La cuisine de Zanan - Téhéran © Radio France / Aurélie Charon
Locaux de Zanan - Téhéran
Locaux de Zanan - Téhéran © Radio France / Aurélie Charon

Le documentaire de Tatiana Zhuravleva sur Artyom et ses monstrations (2009)

Les liens

Le site du magazine Zanan (en persan)

La page Facebook du magazine féminin Zanan e-Emrooz à Téhéran

La jeunesse iranienne par Hossein Fatemi

Le fil Instagram d'Artiom

La page Facebook d'UNDERGROUND DEMOCRACY

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