La majorité des Français disposerait, à l’âge adulte, d’un pécule de 3000 à 5000 mots. Véritable marqueur social, peut-on développer son vocabulaire à tout âge ?

Peut-on développer son vocabulaire à tout âge ?
Peut-on développer son vocabulaire à tout âge ? © Getty / Gary Waters

Comme Nana Mouskouri, j’ai reçu l’amour en héritage (mais si, ne faites pas les snobs, j’ai reçu l’amour en héritage, un matin au pays des cigales, tout le monde connaît) … J’ai reçu de l’amour donc, et aussi des mots. Des valises de mots, peut-être même avec des mots-valises dedans, genre « adulescent » ou « tapuscrit », bref des valises qui ne m’ont plus lâchée (et vice versa). 

Les mots. J’en épingle certains comme des papillons, je les fais rouler sur ma langue, surtout s’ils me chatouillent un peu l’oreille. 

Rococo. 

Spleen. 

Andouille (au passage, voilà une insulte que j’aimerais voir remise au goût du jour, ça ferait des vacances à toutes les mères). 

Bachibouzouk. 

Anathème. 

Caryatide.  

Je dois des mots à mes parents, y compris des mots tabou : « Ah non Marie, on ne dit pas "corde" sur un bateau ! » 

Je dois des mots à l’école laïque et républicaine, et pas seulement des mots d’excuses. 

Je dois des mots à Prévert, à Desnos et à Vian. Des mots à Gainsbourg, à Roda-Gil, à Dabadie. Et à Nana Mouskouri à mon corps défendant. 

Je croule sous les reconnaissances de dettes et j’ai la dette reconnaissante. 

A l’arrivée, pourtant, mes valises ne pèsent pas lourd. J’ai beau les chérir, les mots m’échappent. Tenez, même si je voulais, je ne saurais pas vous citer 50 nuances de gris. Les noms des couleurs, les arômes des vins, le lexique de la musique me sont aussi étrangers que le javanais ou la peinture sur soie. 

En fait, ma vie n’y suffira pas, il y aura toujours plus de mots dans l’univers que de jours à mon crédit ou de neurones disponibles dans mon cerveau rongé par les perturbateurs endocriniens. 

Quand ça me déprime, je pense à Racine : j’ai lu quelque part qu’il n’avait eu besoin que de 1300 mots pour écrire Andromaque. Alors, haut les cœurs, y a plus qu’à ! GESTE ! 

Avec nous ce matin : 

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