Je me suis fait grondée par mes filles. « Arrête de dire que tu arrives directement du XXe siècle, les gens vont croire que tu es vieille ! » En même temps, quand je leur parle de mon enfance, elles me regardent comme si Victor Hugo m’avait fait sauter sur ses genoux.

Cet été on déconnecte vraiment ?
Cet été on déconnecte vraiment ? © Maxppp / Philippe ARNASSAN

Je me suis fait grondée par mes filles. « Arrête de dire que tu arrives directement du XXe siècle, les gens vont croire que tu es vieille ! » En même temps, quand je leur parle de mon enfance, elles me regardent comme si Victor Hugo m’avait fait sauter sur ses genoux. Ben oui, une jeunesse sans portable, sans ordi, sans wifi, ça leur paraît préhistorique. Je dis « hier », elles entendent « il était une fois ». 

Quand j’ai commencé à travailler dans la presse, on n’avait pas Internet. Si on cherchait une info, on descendait au service documentation et on compulsait des dossiers papier. Sinon, on appelait des gens, sur leur téléphone fixe, en espérant qu’ils répondent. Entre deux rendez-vous, on n’était pas joignable. On disparaissait des radars. 

Je ne dis pas que c’était mieux, attention. Je dis que c’était lent. Une autre histoire du temps. On vivait sa vie en temps réel, évidemment, mais la marche du monde nous arrivait en léger différé. Personne n’aurait eu l’idée saugrenue d’être sur le pont 24h24, perfusé d’infos, d’images, de sollicitations en continu. La plupart des choses pouvaient attendre. 

Je ne sais pas si je suis vieille mais je me sens très 2018. J’ai 2188 mails en attente de lecture sur mon smartphone. Je le garde allumé sur ma table de chevet, la nuit, au cas où on aurait besoin de moi pour sauver le monde entre minuit et 6h. Je réponds aux textos illico pour pas que les gens croient que je suis morte. Je lis la presse sur le web, je m’auto-envoie des articles par pelletées, autant de mails que je n’aurai pas le temps de lire parce que je serai occupée à perdre à Candy Crush.  

 C’est une vieille qui vous le dit : Charlie Chaplin ne sait pas ce qu’il rate, les temps modernes, c’est trop bien.

Michael Stora  psychologue et psychanalyste, préside l’Observatoire des mondes numériques en sciences humaines et  auteur de Hyperconnexion, paru chez Larousse en août dernier

Fabienne Broucaret, Journaliste,  fondatrice de My happy job, un webzine dédié au bien-être au travail, et a publié cette année le livre « 2h chrono pour déconnecter », chez Dunod

Catherine Lejealle,  Sociologue et chercheuse à l’ISC Paris, auteur de  « J’arrête d’être hyper connecté – 21 jours pour changer», paru chez Eyrolles en 2015

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