Le cinéma peut-il nous apprendre à vivre ? Comment cet art quasi neuf, qui est aussi une industrie et un loisir, cet art populaire, accessible et démocratique, forge-t-il notre vision du monde ? Qu’est-ce que les films viennent combler, travailler chez nous ?

James Stewart dans "Mr. Smith Goes to Washington" (Mr Smith va au Sénat"), le film de Frank Capra réalisé en 1940
James Stewart dans "Mr. Smith Goes to Washington" (Mr Smith va au Sénat"), le film de Frank Capra réalisé en 1940 © AFP / COLUMBIA PICTURES / Collection ChristopheL

Mon père a eu une jeunesse bagarreuse. Né en 29 dans une famille de prolos, des gens qui se crevaient à gagner leur vie et préféraient aller à la pêche le dimanche plutôt que de lire Proust, c’est au cinéma qu’il s’est trouvé un modèle à imiter. Et v’là le modèle : James Cagney ! Le roi des gangsters hollywoodiens. Je vous rassure, plein d’autres héros sont venus plus tard compléter le Panthéon paternel. On ne peut pas vivre sa vie en se demandant éternellement « Que ferait James Cagney à ma place ? », à moins de vouloir finir à l’ombre. Mais le pli était pris et, chez mon père, la culture passait souvent par la toile, par le ciné-club, par la VHS. 

C’est comme ça qu’à 10 ans, mon père m’a dit « Comment, tu n’as jamais vu Freaks ? » et m’a collée devant le chef d’œuvre de Tod Browning. De cette « Monstrueuse parade », j’ai tiré la conviction intime que la laideur est une vue de l’esprit. Les gens laids n’existent pas. Il y a les gens et il y a la façon dont on les regarde. Alors que la beauté, elle, existe pour de vrai, la beauté se prénomme Marilyn, Ava, Ingrid, et elle est scandaleuse, détonante, la beauté est un moteur à explosion, mais c’est une autre histoire. 

Après, je mentirais en ne citant que des grands films. Il faut que je vous parle de La Boum. Mon premier teen movie, en 1980. Mon premier miroir. Je me voyais en Vic mais je voyais aussi mes parents dans les siens, et j’ai compris à ce moment-là un peu de ce que je vivais chez moi. 

Et puis je n’oublie pas tout ce que le ciné m’a enseigné de pratique, attention ! Je sais faire un feu ou un garrot. Nettoyer une plaie au whisky. Je sais tuer un vampire. Je sais qu’avec les zombies, il faut viser la tête. Ou qu’on n’achète jamais, jamais, une maison bâtie sur un ancien cimetière indien. Avec tout ça, franchement, je suis parée.

Le cinéma peut-il nous apprendre à vivre ? Comment cet art quasi neuf, qui est aussi une industrie et un loisir, cet art populaire, accessible et démocratique, forge-t-il notre vision du monde ? Qu’est-ce que les films viennent combler, travailler chez nous ? On en parle jusqu’à 10h, sur France Inter, avec trois fous de cinoche qui n’ont pas leur langue dans leur poche. 

Axelle Ropert, bonjour  cinéaste, votre troisième long métrage, « La Prunelle de mes yeux » est sorti en décembre 2016, coscénariste de Serge Bozon, dont le dernier film, Madame Hyde, est sorti en mars, avec Isabelle Huppert. Enfin, a été des années critique ciné à La Lettre du Cinéma, aux Inrockuptibles et dans l’émission « Le Cercle », sur Canal+cinéma

Philippe Rouyer, critique à Positif, à Psychologies magazine, au Cercle de Canal+ cinéma, à l’émission Mauvais genres de France Culture l’auteur de plusieurs ouvrages, dont le livre d’entretiens « Haneke par Haneke », réédité chez Stock dans une version augmentée en 2017

Frédéric Mercier critique ciné, écris dans le magazine « Transfuge »,  collabore au Cercle de Canal+ cinéma,  enseigne le cinéma à l’école Sup de Création. Auteur de  « Les Ecrivains du 7 e art » chez Seguier en 2016. 

Alexandra Schwartzbrod, directrice-adjointe de la rédaction de Libération

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