Ce soir nous parlerons mythologie revisitée de l’usine à rêves et revanche des minorités invisibles avec "Hollywood" sur Netflix, poisson rouge bavard et exutoire voyage dans le temps avec "L’Agent immobilier "sur Arte et enfin deuil en famille et comique hypocondriaque avec "Nehama" sur Canal+ .

Série "Hollywood" sur Netflix, saison 1 avec Laura Harrier, et Samara Weaving.
Série "Hollywood" sur Netflix, saison 1 avec Laura Harrier, et Samara Weaving. © Saeed Adyani/Netflix

"Hollywood" sur Netflix

La série américaine de neuf épisodes est signée Ryan Murphy et Ian Brennan, les auteurs de Glee, Scream Queens et de The Politician. Deux incontournables plumes de la série télé qui nous plonge cette fois à Los Angeles au lendemain de la seconde guerre mondiale. Le public veut oublier les traumatismes du conflit et le cinéma connait un âge d’or. 

Les films se produisent en masse, les stars font rêver et entre le Code Hays garant des valeurs morales wasp américaines et la politique du placard, le septième art offre un reflet de la société majoritairement blanc, les afroaméricains étaient cantonnés aux rôles caricaturaux de domestiques et évidemment uniquement hétérosexuel. 

C’est dans ce contexte que trois couples, dont un interracial et un autre gay, vont tenter de percer au sein de l’usine à rêves. Six destins malmenés par la rigidité de façade de l’époque et que les auteurs fissurent ici, rappelant entre autres les bacchanales homos chez certains metteurs en scène comme George Cukor ou encore les réseaux de prostitution au quasi grand jour qui permettaient à tout ce beau monde, fille comme garçon, de trouver un partenaire à l’ombre des regards inquisiteurs et de cette censure qui pouvait à tout instant détruire votre carrière.

Une utopie et une uchronie en forme de série luxueuse, débordant de moyens mélangeant à la fois personnages de pure fiction et figures historiques telles que George Cukor, Vivian Leigh, Rock Hudson ou encore Henry Wilson puissant agent de l’époque et redoutable prédateur sexuel de jeunes comédiens en quête de gloire. 

Côté casting on retrouve des fidèles de Murphy et Brennan parmi lesquels David Corenswat (The Politician), Darren Criss(Glee, Versace) mais également Jim Parsons (The Big Bang Theory) et les toujours géniales Holland Taylor et Queen Latifah. 

"L'agent immobilier" sur Arte TV

Olivier est un agent immobilier à la dérive. Depuis leur séparation, son ex femme ne veut  plus lui adresser la parole. Sa fille ne croit un traître mot de ses nombreuses promesses qu’il ne tient jamais. Son agence périclite. Il est obligé de squatter les appartements qu’il est censé vendre sans grande conviction et son père, un alcoolique fier de l’être , sème le bordel dans la maison de retraite où son fils l’a placé. 

Et pour couronner le tout, il doit rembourser les dettes de son meilleur ami. Bref, dans le registre loi de l’emmerdement maximum, Olivier a tiré le gros lot.  

Lorsqu’il hérite de sa mère un immeuble situé dans Paris, il espère entrevoir une lueur d’espoir. De courte durée. L’immeuble est vétuste, putride et sous le point de s’écrouler. Exactement comme son existence. Il voudrait vendre l’édifice mais une vielle locatrice habitant au dernier étage compromet ses projets. 

Ajoutez à cela un SDF lui collant aux basques, un mafieux israélien et son enrobé de fils, un poisson rouge qui lui parle et des voyages dans le temps qui le ramènent dans les années 70 et vous obtenez une mini série fantastique poétique, surréaliste et absurde pour le moins atypique. 

Créée par Etgar Keret et Shira Geffen, auteurs israéliens et réalisateurs des Méduses, Caméra d’or au festival de Cannes 2007. Et avec dans le personnage du père Eddy Mitchell, et dans celui du rôle titre, un anti héros hagard, parano et dépassé le juste génial et époustouflant Mathieu Amalric.
 

"Nehama" sur Canal  

Tout commence sur une route où une voiture glisse sur le toit avec en arrière fond, en guise de bande originale, une joyeuse balade italienne. Premier contrepoint insolite pour cette scène d’ouverture plutôt tragique puisque que de la voiture accidentée s’extirpe une femme qui a juste le temps d’envoyer un message à son mari avant d’expirer.

Nehama, du nom de son héros, va donc raconter l’histoire de ce jeune veuf et de ses cinq enfants.Un paradigme d’anti héros abordant éternellement un pull marin informe. Un hypocondriaque de niveau olympique homme qui se rêve en humoriste de stand up. 

Une sorte de Stéphane Guillon égocentrique et mélancolique qui doit se contenter en attendant que la gloire daigne sonner à sa porte d’un boulot peu valorisant qu’il exécute sous les ordres d’un patron lâche et incompétent.

Mais comment remonter sur scène quand on a le trac et un humour que ne partage pas tout le monde ?Comment élever des enfants ce que l’on n’a jamais fait ? Et comment subvenir à leurs besoins quand on a une farouche tendance à inviter à son patron à se fourrer un parapluie dans le cul ?

La vie, l’amour et la mort dans une série tragique et hilarante, portée par une dose hyper vitaminée de dialogues acides et hilarants.  

Une série présentée l’an dernier à cannes Séries, sorte d’autoportrait déformé signé Reshef Levi, scénariste, dramaturge, réalisateur, producteur, écrivain, comédien et présentateur de télévision israélien. Et père de sept enfants. 

Avec nous ce soir pour en parler :

  • Ava Cahen, journaliste et auteure de Game of Thrones décodé aux éditions du Rocher.
  • Benoît Lagane alias le Conteur Cathodique et tous les vendredis à 5h53 pour la chronique "Faim de séries" dans le 5/7 de Mathilde Munos sur France Inter.
  • Ariane Allard de Positif et Causette (rubriques cinéma et séries télé).

L’effet miroir de Benoît Lagane

Photo de la série "Belphegor" (1965)
Photo de la série "Belphegor" (1965) / Première chaîne de l'ORTF

"Belphegor "

Le conseil littéraire  :

Si vous êtes tombés comme moi sous le charme de l’univers fantasmagorique et transgressif de "l’Agent immobilier", un petit conseil littéraire. Les éditions de l’Olivier viennent juste de sortir le tout nouveau recueil de nouvelles d’Etgar Keret intitulé « Incident au fond de la galaxie».

Un homme veut que son ami lui écrive une nouvelle qui lui permette de mettre des femmes dans son lit. Un père qui a promis à son fils de lui offrir le cadeau de ses rêves voit son rejeton faire un caprice pour partir avec la caisse enregistreuse du magasin de jouets. Deux petites sœurs sont convaincues que le lapin qu’elles viennent de recueillir n’est autre que la réincarnation de leur père.

Après un accident de voiture, un homme amnésique accepte de reconstituer sa mémoire défaillante grâce à une pièce virtuelle où lui apparaît l’ombre d’une femme superbe…

Des récits brefs, concis, servis par un style tout en poésie et inquiétude. Des textes où il est question de poisson rouge, de pères défaillants d’extraterrestres ou encore de réincarnation d’Hitler. On les croirait disposés de manière aléatoire mais en réalité, par un très raffiné jeu d’échos et d’images récurrentes l’ensemble compose une narration en réalité très cohérente, à la fois absurde, cocasse, hilarante parfois et pourtant taraudée par une vraie inquiétude. Une anxiété qui est celle de notre vie, de notre dimension humaine, de notre place sur terre et de notre destinée. Derrière un humour acide et baroque, se tapissent toutes nos peurs et en particulier celles de l’auteur Etgar Keret. Faussement léger, superbement profond et brillement écrit. A signaler également l’excellence de la traduction signée Rosie Pinhas-Delpuech.

La programmation musicale:

Caribou, Home.

Benjamin Biolay, Comment est ta peine ?

Madonna, Hollywood.

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