Féminisme, solidarité, écologie... 40 ans après son premier disque, la chanteuse béninoise raconte, dans son 18ème album 'Mother Nature', les luttes et les enjeux de son époque. Pour Zoé Varier, elle se souvient de ses premiers jours à Paris.

'Mother Nature', le nouvel album d'Angélique Kidjo, a paru le 18 juin 2021
'Mother Nature', le nouvel album d'Angélique Kidjo, a paru le 18 juin 2021 © Fabrice Mabillot

Angélique Kidjo fait partie de ces quelques chanteuses et compositrices que l'on peut appeler des "stars internationales". Parfois qualifiée de « diva », un mot qui, selon elle, ne recouvre pas du tout sa réalité, on peut aussi, sinon surtout, dire d'elle qu'elle est une femme engagée et militante qui, lorsqu'elle était enfant, rêvait de devenir avocate pour les droits humains. À l'occasion de la parution de son 18ème album studio, Mother Nature, paru le 18 juin 2021, la chanteuse béninoise de tout juste 61 ans, accepte de se prêter au jeu de la Journée particulière.

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Chanter au Bénin, déchanter à Paris ?

Angélique Kidjo a choisi comme « journée particulière » le 10 septembre 1983. Ce jour-là, elle arrivait à Paris pour fuir le régime dictatorial béninois de Mathieu Kérékou. À 23 ans, Angélique Kidjo connaît déjà un certain succès au Bénin. En arrivant en France, elle est hébergée chez son frère, alors étudiant. Elle sait alors qu'elle va devoir travailler et enchaîne les petits boulots. Mais son souvenir le plus marquant de cet automne 1983, c'est celui de l'ivresse de la musique. En France, contrairement à ce que le régime autoritaire du Bénin permettait, la musique est partout, riche, foisonnante.

Je suis arrivée ici, j'étais une junkie de musique. Grave ! J'ai passé deux ou trois ans dans une bulle de musique. [...] La musique me portait. 

Quand elle arrive à Paris, Angélique Kidjo, qui a alors la nationalité française puisqu'elle est née quelques semaines seulement avant l'indépendance de son pays, découvre un pays où les crimes racistes sont nombreux et dans lequel le Front national commence à sortir de la marginalité pour s'imposer comme un parti important du paysage politique. Le lendemain de l'arrivée de la chanteuse sur le sol hexagonal, le 11 septembre 1983, à Dreux, la liste menée par le RPR et le FN gagne pour la première fois une élection municipale. Dans les thématiques de sa campagne : l'invasion étrangère et l'insécurité. Pour Angélique Kidjo, ces mots que l'on retrouve toujours en politique 38 ans plus tard sont une absurdité.

Invasion étrangère ? Mais qui ? C'est qui ? C'est quoi être français "de souche" ? Ce serait bien de faire les tests ADN de toute la France pour voir combien de Français sont des Français "de souche" !

Les rencontres qui comptent

Mais si Angélique Kidjo a choisi celle de son arrivée à Paris comme « journée particulière », c'est surtout parce que Paris est la ville où elle a fait deux rencontres absolument déterminantes : celle du pianiste de jazz hollandais Jasper Van't Hof et celle de Jean Hébrail, l'homme qui deviendra peu après son mari et qui le sera encore 34 ans plus tard. À Jasper Van't Hof, elle doit la possibilité de ses débuts en Europe. Elle travaillera pendant près de 4 ans avec lui, notamment avec son projet de jazz aux influences africaines Pili Pili. À Jean Hébrail, elle doit une confiance, une curiosité et un accompagnement indéfectibles. Aujourd'hui encore, ils collaborent, écrivent et composent des chansons à quatre mains.

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Toutes les femmes de sa vie

Au cours de sa rencontre avec Zoé Varier, Angélique Kidjo a tenu à rendre hommage à toutes les femmes, mais en particulier à celles qui ont compté pour elles et qui lui ont ouvert le chemin. Parmi elles, la grande chanteuse et militante sud-africaine Miriam Makeba tient une place de choix. Par hasard, c'est aussi à Paris que ces deux femmes se sont connues.

J'ai fait sa première partie à l'Olympia en 1989. Elle a lancé ma carrière, vraiment. [...] Elle était une femme de conviction et j'ai appris avec elle qu'être libre, c'est plus fort que tout.

Angélique Kidjo n'oublie pas de saluer et remercier sa propre mère, qui pose sa voix sur le titre "Bana" de l'album EVE, paru en 2014. Par ce disque, Angélique Kidjo a voulu montrer et raconter qui sont les femmes africaines. Pour la chanteuse, celles-ci ne sont ni plus ni moins que des magiciennes, des héroïnes du quotidien, celles qui tiennent le continent à bout de bras.

Les femmes africaines sont la colonne vertébrale de l'Afrique et toutes les femmes, d'où qu'elles viennent, sont la colonne vertébrale du monde. [...] La sororité vous donne une force dingue, c'est absolument dément !

Pour aller plus loin

Les références des extraits et archives Ina diffusés dans l'émission

  • "Le Dahomey est trop petit pour avoir trois présidents", Mathieu Kérékou suite à son coup d'État militaire au Bénin, TF1, Journal de 20 heures, 29 octobre 1972
  • Une compilation d'archives télévisées (fonds Ina, France 2) issues de reportages dédiés à la fin, à Paris, le 3 décembre 1983, de la Marche pour l'égalité et contre le racisme, débutée à Marseille le 15 octobre de la même année
  • "Miriam Makeba n'est pas mon nom", extrait de la performance de Miriam Makeba au festival de musique Zaïre 74, à Kinshasa, en septembre 1974, immortalisée dans le documentaire Soul Power de Jeffrey Levy-Hinte (2009). Miriam Makeba interprète le titre "Click song (Quongqothwane)"
  • "L'aventure ambiguë d'un écrivain sénégalais", extrait d'une interview de Cheikh Hamidou Kane par Pierre Dumayet dans l'émission Lectures pour tous, ORTF, 1961

La programmation musicale du jour

Et des extraits de : 

  • Archie Shepp & Jasper Van't Hof, "Mama Rose", tiré de l'album live Mama Rose : Live in Concert, 1982
  • Angélique Kidjo, "Bana", 2014
  • David Bowie, "Let's Dance", 1983
  • Philip Glass (compositeur) & Angélique Kido, Ifè, 2014 

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

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