À l'occasion d'une rétrospective de plus de cinquante ans de ses interventions, qui se tient au Palais des Papes d'Avignon, Ernest Pignon-Ernest est l'invité de Zoé Varier. Il se souvient d'un jour d'août 1954 au cours duquel la découverte des œuvres de Pablo Picasso dans le magazine Paris Match a changé sa vie.

'Ecce Homo - Interventions 1966 – 2019', rétrospective de l'œuvre d'Ernest Pignon-Ernest se tient à la Grande Chapelle du Palais des Papes d'Avignon jusqu’au 29 février 2020
'Ecce Homo - Interventions 1966 – 2019', rétrospective de l'œuvre d'Ernest Pignon-Ernest se tient à la Grande Chapelle du Palais des Papes d'Avignon jusqu’au 29 février 2020 © Getty / Salvatore Esposito / Pacific Press / LightRocket

Depuis plus de 50 ans, Ernest Pignon, sous le nom d'artiste d'Ernest Pignon-Ernest, recouvre les murs des villes de ses œuvres éphémères, aujourd'hui connues, reconnues et, surtout, reconnaissables, à leurs traits fins, précis et habités. Considéré comme l’un des pionniers de l’art urbain (street-art) en France, il jouit désormais d’une renommée et d’un prestige internationaux, tant pour l’importance de sa contribution au monde de l’art contemporain que pour son indéfectible engagement politique, social et éthique.

Depuis le 29 juin 2019 et jusqu’au 29 février 2020, le Palais des Papes, à Avignon, accueille Ecce Homo, une grande et belle rétrospective de ses fameuses « interventions ». L’exposition retrace le parcours de l’artiste et explique sa démarche artistique, intellectuelle et politique par un grand choix d’œuvres et de photographies de son travail, prises dans les rues du monde entier.

Picasso, le choc fondateur

Le 14 août 1954, alors qu’il est âgé de 12 ans, Ernest Pignon découvre dans les pages du magazine Paris Match le travail du peintre espagnol Pablo Picasso. Le jeune Ernest dessinait déjà, avec application, avec le souci de la précision et de la joliesse de la reproduction, mais il était loin de se douter de tout ce que pouvait représenter et véhiculer l’art pictural. Des années plus tard, Ernest Pignon-Ernest s'amuse à dire que c'est grâce à Picasso qu'il est devenu artiste, mais à cause de lui qu'il n'est pas devenu peintre.

La découverte de la série de portraits de Sylvette, par Picasso, ça a été comme une révolution, une ouverture, un signe de grande liberté. Je n’en revenais pas.

Le missile et le pochoir

Dès le lendemain, les dessins du jeune homme se libèrent de sa quête réaliste. Il faudra attendre 1966, et un séjour dans le Vaucluse, pour qu'Ernest Pignon-Ernest trouve le medium, la forme, qui lui convient : apprenant la nouvelle de l'implantation d'armes nucléaires dans le sous-sol provençal, il se demande comment faire pour peindre cette confrontation entre les plus beaux paysages de France et la force atomique ? Après des mois de piétinements et d’hésitations, il comprend qu’il ne faut pas chercher à représenter les paysages mais plutôt intervenir directement sur les paysages, faire des lieux-mêmes son matériau plastique. Ce sera le début de ses interventions qui consistent aujourd'hui à coller des dessins dans l'espace public. Il s'agit de faire œuvre d'une situation.

Saisir un [lieu] et tout son potentiel symbolique et le travailler, en glissant un élément dedans, qui vient le révéler en quelque sorte.

Tout sauf des affiches !

Ce sont cette appréhension et cette compréhension totales des lieux, aussi bien sensuelles et charnelles (par les textures, les lumières et les couleurs) qu'historiques et sociologiques (par les mythologies, l'Histoire et les histoires) qui sont depuis lors au centre du travail d'Ernest Pignon-Ernest. Il a beau travailler ses dessins méticuleusement pendant des heures et des heures, l'oeuvre n'est en effet complète et n'a de sens que lorsque le dessin est collé dans l'espace, pour un ensemble de raisons bien précises.

C'est le contraire d'une affiche. Quand on fait une affiche, on veut que l'affiche soit vue contre ce qu'il y a autour. C'est l'idée de nier l'environnement. Mes images, c'est exactement le contraire. Comme le dit François Cheng, "plus important que les choses, ce sont les relations qu'elles nouent avec ce qu'il y a autour". Mon travail est entièrement bâti là-dessus.

Les références des extraits diffusés et mentionnés

  • Henri-Georges Clouzot, Le Mystère Picasso, 1955
  • René Char, La Provence Point Oméga, 1966
  • Georges Perec, Espèces d'espaces, 1974
  • Pier Paolo Pasolini, Mamma Roma, 1961
  • Robert Desnos, "Couplets de la rue Saint-Martin", extrait de États de veille, 1943
  • Antonin Artaud, "Les Malades et les Médecins", 1946

Pour aller plus loin

Le site d'Ernest Pignon-Ernest

Les références des dernières publications d'Ernest Pignon-Ernest

  • Marie-Bénédicte Loze & Lyonel Trouillot, dessins d'Ernest Pignon-Ernest, Cité perdue, éditions Bruno Doucey, 2019
  • Ernest Pignon-Ernest & André Velter, Annoncer la couleur, Actes Sud, 2019
  • Collectif, Ernest Pignon-Ernest - Face aux murs, Delpire, 2018 (sélection d'œuvres et d'installations, commentée par près de cinquante personnalités)
  • Ernest Pignon-Ernest & André Velter, Ceux de la poésie vécue, Actes Sud, 2017

La programmation musicale du jour

  • Boris Vian, "On n'est pas là pour se faire engueuler", 1954
  • Jean Ferrat, "Ma môme", 1960
  • Laura Cahen, "La Complainte du Soleil", 2019

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

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