Ce jour-là, Jul apprend qu’il est admis à Normale Sup. C’est l’euphorie. Toute la promotion 1995 décide d’aller fêter ça au Quartier Latin, dans un bel appartement sur le Boul’Mich. A peine quelques heures plus tard, une bombe explose à la station Saint Michel.

Des policiers regardent un RER entrer dans la station Saint-Michel où les traces de l'attentat à la bombe sont encore visibles sur les murs, le 26 juillet à Paris, au lendemain de l'explosion revendiquée par le GIA.
Des policiers regardent un RER entrer dans la station Saint-Michel où les traces de l'attentat à la bombe sont encore visibles sur les murs, le 26 juillet à Paris, au lendemain de l'explosion revendiquée par le GIA. © AFP / Pierre Boussel

Un baisser de rideau tragique. 

Pour le futur dessinateur, c’est un jour spécial qui marque la fin de trois années de travail intense en "prépa" littéraire. Dans la matinée, il est à Fontenay aux Roses pour la proclamation des résultats du concours d’admission à l’Ecole Normale Supérieure. Joie pour les uns, déception pour les autres. La promotion entière s’engouffre dans le RER B direction le Quartier Latin pour aller faire la fête dans l'appartement d'une des étudiantes, juste au-dessus de la place Saint-Michel. Une heure plus tard, vers 17h, une bombe explose. Le quartier est bouclé. On évacue les blessés, des gens choqués, le visage noirci, errent dans les rues. Stupéfaction et effroi. Collusion avec une autre réalité.  

Depuis l’appartement, on entendait les sirènes, on voyait les couvertures de survie. Une forme d’insouciance se finissait. Je suis un angoissé de nature et cet attentat validait ma façon de fonctionner. 

Ce 25 juillet 1995 marque le début d’une vague d’attentats islamistes qui va frapper la France durant deux mois. Le Groupe islamiste armé (GIA) algérien revendique l’attentat du 25 juillet. Sur les débris de la bombe, on retrouve les empreintes d’un certain Khaled Kelkal, arrêté au début de l’automne suivant. Le premier terroriste « made in France » selon la formule de "Libération" à l’époque. 

Le 26 juillet, destination : la Chine. 

J’avais prévu d’y partir quoiqu’il arrive, un voyage au long cours, sans contrainte et sans préparation, sac au dos. 

Ce pays-continent est une véritable passion pour le jeune étudiant de 21 ans qui apprend le mandarin depuis plusieurs années. Son premier séjour date de l’automne 1989, juste après le massacre de la place Tienanmen. Durant cet été 1995, il sillonne l’intérieur du pays en auto-stop, loge chez l’habitant. Il apprécie la spontanéité des Chinois, leur goût du contact, du jeu, et adore leur cuisine. Dans son petit carnet, il écrit et dessine ses impressions de voyageur pour son amoureuse restée en France. A l’époque, la Chine est en train de basculer dans un autre monde : celui d’un capitalisme effréné illustré par un essor économique vertigineux, mais toujours sous dogme du communisme. 

Avec le dessin, on transforme la réalité, on fait un pas de côté et on décale le regard.

- On vous compare souvent à René Goscinny, non ? - Oui surtout ma mère !

« J’ai commencé le dessin par goût d’être aimé et de séduire et c’est un moyen de mettre à distance tout ce qui m’angoisse » confesse Jul. D’ailleurs, sa devise en la matière, il l’emprunte à son confrère Gébé, décédé en 2004 : « On arrête tout, on réfléchit et c’est pas triste ».  Il nourrit son travail à coups de crayon mais aussi d’écriture. Dans toutes ses BD il aime jouer avec le langage Et comme ses maîtres, Gotlib et Goscinny, il mêle à la culture classique des éléments de la vie moderne (pub, slogans) 

Pour aller plus loin : 

Une importante actualité pour le dessinateur Jul au cours de l'automne 2018

Ci-dessous la bande annonce de 50 nuances de Grecs, la nouvelle série d'Arte, tous les soirs à 20h45 à partir du 3 septembre 2018

Les BD de Jul : 

L'Homme de Cro-Macron, publié chez Dargaud, sortira le 7 septembre 2018

Sans oublier

  • Les habits neufs du président Mao, (Livre de Poche, Biblio Essais, 1989), du sinologue Simon Leys 

La playlist de l'émission : 

  • It's oh so quiet, Bjork (1995)
  • Berceuse, Rita Mitsouko (2007)
  • Uncle bill goes hi-fi, William Z Villain (2018) 

Les références du générique de l'émission :  « Le Temps est bon » d’Isabelle Pierre remixé par Degiheugi

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