Ce jour-là, le jeune géographe est victime d’un œdème pulmonaire à 4500m d'altitude dans la Sierra Nevada de Santa Marta au nord de la Colombie. Alpiniste chevronné, il participe à une expédition au coeur du territoire des Indiens Kogis. Ces derniers vont le soigner. Une rencontre qui va changer le cours de sa vie.

Indiens Kogis en Colombie, dans la Sierra Nevada de Santa Marta,
Indiens Kogis en Colombie, dans la Sierra Nevada de Santa Marta, © AFP / SAMPERS Erik / Hemis.fr

Aidez-nous à récupérer nos terres 

Une semaine plus tard, le 8 janvier 1986, remis sur pied grâce à ses sauveurs, Eric Julien leur demande, avant de redescendre dans la vallée, ce qu’il peut faire pour les remercier. Leur réponse : « Aidez-nous à récupérer nos terres ». En effet, les Kogis ont vu depuis plusieurs décennies, leur zone de vie - la Sierra Nevada de Santa Marta, la plus haute chaîne de montagne au monde en bordure de l'Océan - se rétrécir, à cause des narco-trafiquants, des paramilitaires, de la guérilla et de l'armée. Or la terre est essentielle pour la survie des Kogis : en perdant leur territoire, ils perdent la mémoire des rituels transmis depuis 4000 ans.

Le rescapé quitte la Sierra comme on sort d'un rêve, marqué à jamais par cette aventure et par cette rencontre, lui qui pensait que les Indiens faisaient partie d’un passé révolu…. 

A la même époque, que se passe-t-il en Colombie ? 

En novembre 1985, la Colombie vient de connaître successivement deux événements tragiques au retentissement mondial : la prise d’assaut meurtrière – une centaine de morts - du palais du gouvernement à Bogota par l’armée colombienne pour libérer les otages retenus par les guérilleros du M19 ; et l’éruption du volcan Nevado del Ruiz qui a englouti sous ses cendres la ville d’Armero et plusieurs milliers de ses habitants. 

1999, premier rachat de terres

Eric Julien reprend le cours de sa vie, son travail pour la télévision colombienne dans le cadre d’une coopération avec la France. Mais il n’oublie pas ses amis Kogis et dévore tous les livres les concernant : ils sont les derniers héritiers des grandes civilisations précolombiennes du continent sud-américain. Entre eux, ils s’appellent « Kagadas " les gens de la Terre", et surnomment les Blancs : « Petits frères ». Les difficultés d'accès de la Sierra leur ont permis de traverser l'Histoire, camouflés par d'éternels nuages à 5000 mètres d'altitude. Mais leurs terres sont convoitées et volées par les narcos, les guérillas et les paramilitaires. Les guérilleros dérobent leur récoltent, les narcos leur prennent leur terre pour la culture de la coca et les paramilitaires les tuent.

En 1995, Eric Julien, décide de revenir en Colombie pour retrouver ceux qui l’ont sauvé et tenir sa promesse. Une quête de trois ans. De retour en France, il commence à chercher de l'argent pour aider les Kogis à racheter leurs terres ancestrales. En 1999 a eu lieu la première restitution de terre avec le soutien du Colombien Gentil Cruz qui possède une connaissance intime des Kogis et épaule Eric Julien dans le labyrinthe administratif pour le rachat des terres.  Cruz sera enlevé puis assassiné par les paramilitaires en février 2005. 

La cosmogonie des Kogis 

Les Kogis se considèrent comme les gardiens de la mère Terre. Et, selon la loi des origines, le père et la mère de tout ce qui existe dans le monde se sont rencontrés sur les cimes de la Sierra. La Sierra Nevada est donc le cœur du monde, et si elle vient à disparaître c'est le monde qui disparaîtra. Tous les éléments naturels de la Sierra possèdent une âme, une fonction, une place qui leur est spécifique.

Les Kogis tentent de préserver les grands équilibres de la "mère Terre" et veulent alerter les « Petits Frères » :  cette mère est un comme un grand corps humain, et s’il en manque une partie, le reste ne peut plus fonctionner.

Oser la rencontre avec les peuples racines pour qu'émerge le non advenu, le non pensé

Pour les Kogis, le visible est le pâle reflet de l'invisible

Eric Julien

Pour aller + loin : 

L'association d'Eric Julien : Tchendukua, Ici et Ailleurs : créée en 1997, sous le parrainage de Pierre Richard, Edgar Morin et Jean-Marie Pelt, l’Association réunit celles et ceux qui souhaitent préserver un mode d’existence basé sur le respect de la nature, des autres et la recherche de l’équilibre.

L'école de la nature et des savoirs, située dans le département de la Drôme à Menglon, dont Eric Julien a parlé en toute fin d'émission. 

Les livres d'Eric Julien

Les documentaires disponibles en DVD sur le site Tchendukua

La play list de l'émission cette semaine : 

  • Dirty old town, The Pogues (1985)
  • Ne me quitte pas, Yuri Buenaventura (1996)
  • Wide awake !, Parquet Courts (2018)

Les références du générique de l'émission :  « Le Temps est bon » d’Isabelle Pierre remixé par Degiheugi

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