Ce jour-là, c’est aussi le huitième anniversaire de la révolution en Syrie. Depuis 2011, la guerre a fait plus de 350 000 victimes : morts, ou pire, disparus dans les geôles de Bachar el Assad. La jeune femme, opposante au régime et en France depuis un an, n’a pu se rendre aux funérailles de sa mère.

Immeuble en ruines à Damas, en Syrie
Immeuble en ruines à Damas, en Syrie © AFP / Anas Alkharboutli / DPA / dpa Picture-Alliance

Asmahan était la chanteuse syrienne préférée de la mère de Sana Yazigi, décédée accidentellement le 17 mars dernier. Toutes deux étaient originaires du sud du pays. « Pour moi, elle est disparue mais pas morte car je n’ai pas pu la voir. Une épreuve personnelle qui entre en résonance avec celle, collective, subie par les Syriens dans l’attente désespérée et le manque de leurs disparus engloutis dans les prisons syriennes »

Quand on publie en Syrie on n'est pas loin de commettre un crime.

Diplômée des Beaux-Arts de Damas, la graphiste crée en 2007 un agenda culturel mensuel. Elle y collecte et y publie les activités et les événements culturels et artistiques de la capitale syrienne : concerts, expositions, théâtre... Une sorte de « Pariscope » d’une quarantaine de pages, bilingue arabe/anglais. Dès 2011, avec les révolutions en Egypte puis en Tunisie, son activité devient plus difficile à mener dans un pays où le pouvoir surveille et réprime en permanence le moindre espace de liberté dont les arts et les rencontres artistiques. Un an plus tard, la révolution éclate en Syrie et l’expression artistique, jusque-là réservée à une élite, se démocratise : « chacun veut s’exprimer, prendre position. La réaction du pouvoir est immédiate : il faut arrêter ces gens-là ! Beaucoup ont préféré suspendre leurs activités et annuler leurs spectacles. J’ai continué à publier mon agenda – de moins en moins épais – pour contrer le discours du régime qui affirmait que tout allait bien en Syrie »

Dessin de Juan Zero, Rock Paper Scissors Magazine. Bachar (juin 2016) : "Je les ai tués, détenus, déplacés. Et ils ne se sont pas lassés…" Hafez : "Ta seule solution consiste à utiliser de la phosphine, des armes chimiques, du napalm ou du chlore".
Dessin de Juan Zero, Rock Paper Scissors Magazine. Bachar (juin 2016) : "Je les ai tués, détenus, déplacés. Et ils ne se sont pas lassés…" Hafez : "Ta seule solution consiste à utiliser de la phosphine, des armes chimiques, du napalm ou du chlore".

"L’expression créatrice de cette révolution syrienne"

Sana Yazigi quitte la Syrie en juin 2012. « Quand j’arrive au Liban ça devient une évidence » : elle doit poursuivre son travail de collecte et de documentation. Et en 2013, elle fonde le site CreativMemory, La mémoire collective de la révolution syrienne.  « Un projet pour collecter, documenter, archiver toutes les formes d’expression libre qui se sont déroulées dans le pays depuis le début de la révolution en mars 2011 jusqu’à aujourd’hui. Nous avons recensé plus de 10000 œuvres, traduites dans trois langues (arabe, anglais et français) » 

On a commencé par fouiller les réseaux sociaux  - seul moyen restant pour briser l’isolement imposé par la dictature - pour y dénicher les œuvres et les communiquer au monde entier 

Son objectif : refléter les activités quotidiennes des Syriens comme une multitude d’actes de résistance contre la dictature : une exposition, un graffiti, un tableau, une vidéo. A l’image de ces mariages qui se transforment en manifestation politique ou de ces manifestations qui ressemblent à des mariages. 

Je souhaite être fidèle à tous les Syriens qui s’expriment dans ces œuvres. Elles correspondent à la souffrance de nos pères et à la nôtre, que l’on se doit de classer, de répertorier et de trier… pour ne pas l’oublier. 

Pour aller plus loin : 

Le site Creative Memory, créé en 2013 qui rassemble plus de 10000 oeuvres traduites et documentées. 

Le magnifique et indispensable livre tiré du site : Chroniques de la révolte syrienne que Sana Yazigi a coordonné, paru en octobre 2018 aux éditions de l'IFPO (Institut Français du Proche-Orient)

Vous avez entendu : 

La chanteuse Asmahan ; Ibrahim Kachouche, un chanteur populaire, devenu l'interprète d'un des premiers hymnes des manifestants syriens en 2011 ;

La playlist de l'émission : 

  • Under Pressure, Tanjaret Daghet (2019)
  • Tango, Soapkills (2002) 
  • Indigo Night, Tamino (2019)  

Les références du générique de l'émission : 

Le Temps est bon d’Isabelle Pierre remixé par Degiheugi

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