Ce jour-là la jeune femme d’origine haïtienne, installée depuis peu en France, est à Ottawa dans la maison de son enfance. Sa mère réagit très mal à l’annonce de son homosexualité. Un prêtre est convoqué pour laver les péchés de la fille « indigne ». La jeune femme quitte définitivement le cocon familial.

Mélissa Laveaux
Mélissa Laveaux © Romain Staros Staropoli

Un exorcisme à la douce 

Cette confrontation, Melissa Laveaux, chanteuse compositrice et interprète, ne l’avait ni préparée, ni décidée. Dès le lendemain, sa mère demande à un prêtre de faire une messe pour sauver sa fille.  « Ma mère m’a crié dessus, elle est devenue comme enragée et me voyait  comme un démon et non plus comme sa fille. Son argument : l’homosexualité est un truc de Blancs.  »   

Ma forteresse ce sont mes os 

Après cette épreuve, Melissa Laveaux se réconcilie progressivement avec l’intransigeance maternelle, mélange d’intolérance et de foi toute puissante en Dieu.  Elle a longtemps cherché ce que pouvait être son « chez soi » entre Haïti, le pays de ses parents, le Canada où elle est née et la France, pays d’adoption. Et a fini pour le trouver : sa maison c’était son corps, ses os. Le plus important n'était-il pas de prendre soin de soi-même ?

Sa rencontre avec Haïti

La voix de la grande chanteuse populaire haïtienne, Martha Jean-Claude, partie en exil à Cuba dans les années 50, berce l’enfance de Melissa Laveaux. Dans son dernier album de chansons en créole - Radyo Siwel - figure une reprise d’un titre de la chanteuse décédée en 2001.

Ses parents quittent Haïti dans les années 60 sous la dictature de François Duvalier, dit « Papa Doc ». Arrivé au pouvoir en 1957 après des élections truquées, Papa Doc s’autoproclame Président à vie en 1964. Sa milice ,« les tontons macoutes »,  sème la terreur. Opposants assassinés, ou torturés ou contraints à l’exil.  

Melissa Laveaux naît à Montréal, puis habite Toronto et Ottawa. Elle se rend pour la première fois en Haïti à l’âge de 12 ans et découvre l’existence des classes sociales à travers l’histoire de ses parents. « Je porte le nom de ma grand-mère paternelle que je n’ai pas connue. Une paysanne analphabète, la force de son village, elle cuisinait pour tout le monde, rendait service et recueillait les confidences de chacun »

A l’origine de l’album Radyo Siwel, la période de l’occupation américaine d’Haïti de 1915 à 1934. 

Une époque de souffrance peu connue dans l’histoire de la première nation noire à s’être affranchie de l’esclavage et à s’être déclarée indépendante. L’administration américaine dépouille le pays, en change les lois pour s’approprier les terres. 

J’avais envie de me mettre dans la peau de celui qui vivait durant cette période

En 2016, pour nourrir son projet de chansons créoles, Melissa Laveaux se rend à Port-au-Prince. Elle y rencontre des artistes haïtiens, et fouille les archives. Elle collecte des chants protestataires de l'époque, colportés par des orchestres de troubadours  - les Bann Siwel - qui jouaient du double sens des mots pour dénoncer l'oppression. 

L’esprit de résistance de la religion vaudou

Les cérémonies religieuses étaient une façon de résister à l’occupant français  puis américain, de s’en émanciper. Comme la divinité Nibo, ivre, joyeuse, déjantée, grimée de blanc, qui insulte tout le monde et fait peur aux colonisateurs. 

On en parlé : 

les trois albums de Melissa Laveaux tous édités chez No Format

Camphor & Copper (2008) ; Dying is a Wild Night (2013) ; et son dernier album : Radyo Siwel (2017) 

La grande chanteuse haïtienne qui émigra à Cuba : Martha Jean-Claude. Pour l'écouter c'est ici 

La plays-list de l'émission : 

  • Kouzen, Melissa Laveaux (2018)
  • Angeli-ko, Melissa Laveaux (2018)
  • Fu-gee-la, The Fugees (1996)

Les références du générique de l'émission :

"Le Temps est bon" d’Isabelle Pierre remixé par Degiheugi 

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