Violaine Sautter est géologue terrestre et extraterrestre. Elle fait parler les pierres pour qu'elles lui racontent l'histoire de l'enfance des planètes. Elle pratique une « archéologie planétaire », pour la Terre, grâce à l'étude des roches très profondes du manteau, mais aussi sur Mars, grâce au robot Curiosity.

Violaine Sautter travaille sur le laser français ChemCam du robot Curiosity, qui permet une analyse chimique à distance des roches et des sols, à la surface de la planète Mars
Violaine Sautter travaille sur le laser français ChemCam du robot Curiosity, qui permet une analyse chimique à distance des roches et des sols, à la surface de la planète Mars © NASA / JPL-Caltech / MSSS

La femme qui a accepté de se raconter ce dimanche au micro de Zoé Varier à partir d'une « journée particulière » est une scientifique de haut-vol. Directrice de recherche au CNRS et au Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), géologue terrestre et extraterrestre, grande spécialiste des diamants et de leur formation, Violaine Sautter connaît les pierres, les roches et les minéraux de la planète Terre et de sa plus proche voisine, la planète Mars. Récipiendaire de la médaille de bronze du CNRS puis de la médaille d'argent de cette même institution, elle collabore au programme Curiosity sur Mars en tant que co-investigatrice sur le laser ChemCam (embarqué sur le robot Curiosity).

Au commencement était le désert

C'est le 6 février 1981 qu'a retenu Violaine Sautter comme « journée particulière ». Ce jour-là, la jeune femme, après avoir pris l'avion pour la première fois de sa vie, met les pieds dans le Hoggar, un massif montagneux dans le sud du Sahara algérien. À 22 ans, avec une masse et un marteau, c'est là qu'elle débute sa thèse en géologie. Cette expérience est fondatrice pour elle à bien des égards : le désert et, a fortiori, les montagnes dans le désert permettent de voir les sols à nu, comme nulle part ailleurs sur Terre, mais ils permettent aussi d'admirer le ciel et sa majesté.

Le désert, c'est un peu l'épiderme de la Terre, mais il vous met vraiment en contact direct avec le ciel. C'est une façon d'être en connexion avec l'univers.

Dès les débuts de sa carrière qui deviendra rapidement riche de découvertes et de succès, la chercheuse fait preuve d'une humilité certaine. D'autant plus que le désert (et en particulier le Sahara) est le terrain de jeux préféré de l'un des scientifiques qu'elle admire le plus : l'immense Théodore Monod.

J'étais un peu anxieuse et dans l'appréhension du travail que j'allais devoir mener, des questions que je me posais et des réponses que je ne trouverais peut-être pas.

Écrire les premières pages de l'Histoire des planètes

Pour Violaine Sautter, la géologie est la porte d'entrée vers ce que l'on pourrait appeler « l'archéologie planétaire ». Elle utilise en effet sa connaissance des roches et des minéraux pour « faire parler » des pierres très anciennes, très profondes, ou venues d'autres planètes afin qu'elles « racontent » l'enfance des planètes. On appelle cela la pétrologie.

Sur Terre, la tectonique des plaques modifie constamment le visage, la physionomie, de la planète. C'est ce qui fait que celle-ci perd en permanence une partie de sa mémoire. La croûte terrestre, qui représente, malgré ses 40 kilomètres d'épaisseur, à peine 1 % du volume de la planète, masque complètement les couches inférieures du globe et prive ainsi les chercheur·ses de leur accès. Pour connaître les minéraux profonds, la géologue bénéficie de l'aide des volcans, enracinés pour certains à une profondeur variant entre 150 et 200 kilomètres. Les « crachats » de ces volcans, parmi lesquels on trouve les diamants, permettent ainsi de faire un voyage vers le centre de la Terre. Le diamant renferme en effet des minéraux de la Terre profonde auxquels le ou la géologue n'aurait pas accès autrement.

La Terre est une planète bien vivante. J'aime la voir comme un organisme qui vivrait, mais à une autre échelle de temps que la nôtre.

Explorer Mars pour mieux connaître la Terre

De par sa connaissance des météorites, Violaine Sautter a acquis une expertise sur les minéraux et roches extraterrestres. C'est ainsi qu'elle a été amenée à participer à la mission d'exploration martienne Curiosity. Elle travailler en effet sur les données recueillies sur la planète rouge par le laser français ChemCam du robot Curiosity, qui permet une analyse chimique à distance des roches et des sols martien·ne·s. Mais ce n'est pas l'optique d'une colonisation de la plus proche voisine de la planète Terre qui intéresse et passionne la géologue, bien au contraire. Si elle étudie Mars, c'est avant tout car son sol (qui n'a pas été altéré par la tectonique des plaques comme c'est le cas sur Terre) peut nous révéler des secrets sur les premiers instants du système solaire et donc sur les premières pages de l'histoire de notre planète bleue.

Mars, ce sont les archives perdues de la Terre.

Les références des œuvres citées dans l'émission

Le coup de cœur de Violaine Sautter pour Jacques Lacan

La programmation musicale du jour

  • Kate Bush, "Babooshka", 1980
  • Françoise Hardy, "Le Martien", 1971
  • Michael Kiwanuka, "Solid Ground", 2020

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

Les invités
  • Violaine SautterMinéralogiste au Muséum d'histoire naturelle, spécialiste des diamants.
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