En septembre 1977, la future traductrice Josée Kamoun fait sa première rentrée comme prof d'anglais dans un lycée de Drancy. Cet automne-là, l’Union de la Gauche est en danger et ça chahute fort en salle des profs...

Georges Marchais, leader du parti communiste et son homologue du Parti Socialiste, François Mitterrand, se serrant la main pour la victoire de l'Union de la Gauche en 1977.
Georges Marchais, leader du parti communiste et son homologue du Parti Socialiste, François Mitterrand, se serrant la main pour la victoire de l'Union de la Gauche en 1977. © Getty / Alain Nogues

Premier poste en Seine-Saint-Denis  

Josée Kamoun est agrégée d’anglais et traductrice, elle a, entre autre, traduit Philip Roth, John Irving, Jonathan Coe, Jack Kerouac et au printemps dernier on a beaucoup parlé de sa nouvelle traduction du roman « 1984 » de  Georges Orwell. 

En 1977, professeur débutante dans le département de Seine-Saint-Denis, la future traductrice, après un an passé sur le campus d’une prestigieuse université américaine où elle enseignait la littérature française, se sent perdue en débarquant dans un univers qui lui est totalement étranger. Idem politiquement : elle ne comprend pas grand-chose à cette « Union », immense espoir pour la gauche, sur le point d’éclater. Elle a été conclue en 1972. Une alliance entre le PS, le PC et les radicaux de gauche, pour conquérir le pouvoir. Mais à l’été 1977, les désaccords entre les trois partis ont rendu impossible la réactualisation du Programme Commun de gouvernement. 

J’ai dit à ma femme : « François Mitterrand a décidé d’abandonner le programme commun de la Gauche, Fais les valises, on rentre à Paris". Georges Marchais

Le 14 septembre, les trois leaders de la gauche se rencontrent pour trouver une entente, mais échouent. « Un sommet dans le brouillard » titre le Figaro. Le 15, c’est la crise, les points de divergences s’accumulent. Au lycée Delacroix de DrancyJosée Kamoun vient d’être nommée, les portes claquent aussi. Dans la salle des professeurs, on commente l’actualité, on s’engueule, la mort annoncée du Programme Commun déchaîne les passions. Perdue et ignorante au milieu de la première réunion syndicale de sa vie, Josée Kamoun comprend que tout son savoir d’agrégée ne lui ait d’aucun secours. 

Je suis toujours dans un sentiment de décalage, inhérent à ma personne 

De l’anthropologie sociale à la traduction 

« L’anthropologie a changé mon point de vue sur la société et sur la langue.»

Pour se soigner de son ignorance du monde, la jeune enseignante se lance dans des études d’anthropologie et d’ethnologie. Un moyen «d’aller sur le trottoir d’en face », d’appréhender la culture de l’autre, l’altérité en somme. Elle comprend enfin son désir de langue étrangère et pourquoi elle ne s’est jamais vraiment sentie à sa place. Son père, un corse inspecteur à la Mondaine, parle corse à la maison. Sa mère prof de philo,originaire du Bourbonnais aime parler le dialecte de sa région. La vocation de Josée Kamoun pour la traduction lui vient à la fois de ces origines familiales et de la découverte de l’anthropologie. Car la langue est "l’histoire d’un métissage sans fin » et de citer Montaigne

On dit vrai qu’un honnête homme est un homme mêlé  

Pour aller plus loin 

La programmation musicale de l'émission : 

  • Laisse Béton, Renaud (1977) 
  • Night Fever, Bee Gees (1977) 
  • Found the one, Ben Harper/Charlie Musselwhite (2018) 

Les références du générique de l'émission :  « Le Temps est bon » d’Isabelle Pierre remixé par Degiheugi 

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