Cet automne-là, la jeune ado de 14 ans mal dans sa peau entend la musique des Sex Pistols dans la rue. Leur album vient de sortir. Des punks anglais qui dégagent une énergie et une fraîcheur incroyables et produisent un son jamais entendu auparavant. La future éditrice spécialiste de l’underground se sent renaître.

En 2012, lors de la vente aux enchères chez Christies du dessin original de la couverture de "Never mind the Bollocks" des Sex Pistols.
En 2012, lors de la vente aux enchères chez Christies du dessin original de la couverture de "Never mind the Bollocks" des Sex Pistols. © Getty / Mike Kemp

Des clodos célestes, de grands esthètes de la misère 

Tels sont les Sex Pistols pour Anne de Hey ! Un son et des paroles qui dépotent : un appel à la révolte et au jaillissement des désirs, sans limite. Comme le titre de leur unique album, devenu culte : « Never mind the Bollocks », traduction : « On s’en bat les c… ». Initiateurs du mouvement Punk, les Sex Pistols sont haïs dans l’Angleterre pré-thatchérienne. Déclarés ennemis publics numéro 1, ils sont censurés par les radios et par de nombreux disquaires. En France, les réactions sont identiques : « Attention les punks arrivent » titre le Matin de Paris. Le docteur Claude Olivenstein, psychiatre médiatique de l’époque, spécialiste de la toxicomanie, s’en mêle et rédige une tribune intitulée : « Non aux punks ».

Cette musique m’a révélée à moi-même. Une bouffée d’air pur, un message énorme 

La découverte de leur musique révolutionnaire est un électrochoc pour Anne, gamine terne et renfermée, élevée dans un milieu familial rempli de non-dits et de violence. Elle envoie balader le monde des adultes, fuit le foyer parental et commence une longue et enrichissante errance dans Paris. Elle s’immerge dans le milieu punk de la capitale, crâne rasée, chaînes autour du cou. Nuits dehors ou dans des squatts, rencontres inattendues, soirées en boites comme au Gibus à République pour écouter le groupe « La Souris Déglinguée ». Petit calepin en main, la jeune fille prend des notes sur ce qu’elle voit et entend. Elle dévore la revue Actuel, journal phare des années 70 et 80, qui décrit ce qu’elle est en train de vivre : l’émergence de nouvelles musiques et de cultures alternatives comme le reggae, le hip-hop, les graffitis, le tatouage…

J’ai créé HEY! pour mettre en avant des artistes outsiders qui construisent une œuvre sans but 

En 2010, Anne de Hey ! crée avec Mister Djub la revue artistique HEY ! bilingue et très complète sur les cultures alternatives. Elle offre une vitrine unique aux artistes hors norme, ignorés par la culture officielle, et y défend des outsiders, des autodidactes ou des professionnels résistants aux modes et au marché de l’art contemporain. La revue s’est ainsi intéressée à l’art du tatouage, né dans les marges avant de devenir un phénomène de masse, en publiant les dessins des tatouages des prisonniers du goulag russe clandestinement photographiés par Dantsig Baldaev, officier supérieur de l’administration pénitentiaire. Un document exceptionnel sur la vie quotidienne dans les camps soviétiques. 

Pour aller + loin : 

Le site de la revue HEY ! Modern Art & Pop Culture

A voir : 

HEY! présente l'outsider pop français à l'Espace Culturel François Mitterrand du 21 mars au 23 juin 2018 à Périgueux (Dordogne) 

A lire : 

De Anne & Julien : HEY! Tattoo (2014), catalogue exhaustif de l'exposition, organisée par les deux auteurs  au Musée du Quai Branly à Paris en 2014-2015, et actuellement en tournée à travers le monde jusqu'en 2020. 

Underground. L'histoire, de Jean-François Bizot (Actuel, 2001) : une somme indispensable sur le sujet. 

Les mémoires de Johnny Rotten, leader des Sex Pistols : La Rage est mon énergie (Points Seuil 2015)

La playlist entendue ce dimanche : 

  • God save the queen, Sex Pistols (1977) 
  • Poison flour, Dr Alimantado
  • Survivor, Tshegue (2018)
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