Cet été-là, le futur poète et écrivain, erre dans les cafés bagdadi où des clients laissent souvent sur les banquettes, après les avoir lus, les livres achetés dans la rue Moutanabi. Le jeune homme tombe ainsi par hasard sur "Le mythe de Sisyphe" d'Albert Camus. Une lecture qui va changer sa vie...

L'écrivain français et journaliste et Albert Camus en 1953. Quatre ans plus tard, il recevait le Prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son œuvre
L'écrivain français et journaliste et Albert Camus en 1953. Quatre ans plus tard, il recevait le Prix Nobel de littérature pour l'ensemble de son œuvre © AFP / STF

« Je suis rentré en prison, j’étais un parachutiste, j’en suis sorti, j’étais un poète ». 

Issu d’une famille pauvre de Bagdad, le jeune Salah Al Hamdani, 17 ans, sans diplôme et quasi illettré, n’a qu’une seule voie d'avenir : s’engager dans l’armée comme parachutiste. Apolitique, il refuse d’adhérer au parti Baas, à la tête du pays depuis 1963. En représailles, on l’envoie dans le nord du pays où la répression contre les Kurdes fait rage. Après avoir libéré des enfants kurdes retenus et torturés au sein du camp militaire où stationne son bataillon, il est arrêté, tabassé, déclaré espion, traître à la patrie, et jeté dans une prison de la capitale irakienne. En cellule, le jeune garçon se retrouve au milieu d’opposants au pouvoir : intellectuels, politiques et généraux, tous fin lettrés. Grâce à eux, il apprend à lire, à écrire, à jouer aux échecs et découvre la poésie et les poèmes qu’un prisonnier murmure chaque soir dans son sommeil. 

Les cafés de Bagdad 

Libéré mais inscrit sur la liste noire des traîtres, le jeune garçon est rejeté par sa famille et se réfugie dans le quartier des prostituées où une mère maquerelle lui offre un abri. Non loin de là, la rue Moutanabi et son marché aux livres, mais aussi les cafés chaleureux où on fume le narguilé, on écoute de la musique tout en discutant et en jouant aux dés. On y lit beaucoup aussi. 

« C’est dans un de ces cafés que j’ai trouvé "Le mythe de Sisyphe ». Sa lecture a transformé ma vie. Comme Sisyphe, j’ai accepté que l’absurde fasse partie de ma vie ». 

Pas d’autre issue que l’exil au pays de Camus

Salah Al Hamdani débarque en 1975 à Paris sans un sou et sans un mot de français, avec une adresse en poche impossible à déchiffrer : « le côté absurde de Camus me suivait partout ».  Il a soif d’apprendre. Ça tombe bien, à l’automne 68, une université d’un genre particulier a ouvert ses portes à Vincennes. Un lieu d'innovation, ouvert sur le monde contemporain, qui accepte des étudiants salariés non bacheliers. 

Pour aller + loin : 

le site de Salah Al Hamdani pour retrouver toutes ses publications (récits et poèmes) 

Dont son dernier livre :  Bagdad, Bagdad, (avec le photographe Abbas Ali Abbas), Editions Réciproques, 2017 

Et aussi : Le cimetière des oiseaux, suivi de Bagdad mon amour (Ed. de l'Aube, 2003)

Ses poèmes sont aussi à écouter :  

  • Oublier Bagdad, poèmes accompagnés par les musiques d'Arnaud Delpoux (le coup de coeur de l'Académie Charles Cros 2017) Ed. Artistes des Continents 
  • Une saison d'exil (poèmes dits par l'auteur) Ed. Sous la lime. 

Sans oublier : Le mythe de Sisyphe. Essai sur l'absurde, Albert Camus (Folio Gallimard, 1985) dont vous avez pu entendre un extrait lu par le comédien Jean Topart (1960) ; et le recueil de poésies d'Yves Bonnefoy paru en 1975 : Dans le leurre du seuil (Mercure de France) 

Se rendre à : 

Une soirée lecture de Salah Al Hamdani sur le thème : l'exil comme source d'inspiration, le  16 juin 2018 à l'Institut des Cultures d'Islam qui consacre sa saison culturelle du printemps jusqu'à la fin juillet 2018 à la capitale irakienne : Bagdad mon amour. (titre emprunté à un livre de Salah Al Hamdani)

A voir : 

Le Vieux Fusil, Robert Enrico (1975) 

Vincennes, l'université perdue,  l'excellent documentaire de Virgnie Linhart, diffusé sur Arte en 2016 

Les chansons entendues dans l'émission dans l'ordre de diffusion : 

  • Get up stand up, Bob Marley&The Wailers (1973)
  • Sous les gants, Yvan Marc (2018)
  • Al Atlal, Oum Kalthoum (1966)
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