La philosophe Colette Poggi, spécialiste du sanskrit, partage son érudition et son goût pour la Bhagavad-Gîtâ, un texte fondateur de la pensée indienne et du yoga depuis près de 24 siècles. Le texte, qui invite à réfléchir sur le sens de l'engagement, de l'action et de la connaissance, résonne particulièrement en 2021.

Le livre 'La Bhagavad Gîtâ ou L'Art d'agir' de Colette Poggi a paru aux éditions des Équateurs
Le livre 'La Bhagavad Gîtâ ou L'Art d'agir' de Colette Poggi a paru aux éditions des Équateurs © Colette Poggi

Colette Poggi est philosophe, indianiste et sanskritiste, c’est-à-dire spécialiste du sanskrit, la langue-mère des langues indo-européennes. Elle vient de publier aux éditions des Équateurs le livre La Bhagavad Gîtâ ou L'Art d'agir, une introduction à la Bhagavad-Gîtâ, le texte phare de la pensée indienne et l'une des sources majeures de la philosophie du yoga.

C'est un texte vraiment considéré comme un joyau.

Colette Poggi a choisi comme « Journée particulière » un jour du mois de juin 1979 au cours duquel elle est venue à Paris pour la première fois assister à un cours, en sanskrit, consacré à la Bhagavad-Gîtâ. La jeune femme, âgée de 24 ans, habitait alors Marseille. Elle est séduite par le cours et, malgré son petit budget d'étudiante, décide de revenir à Paris tous les week-ends pour y assister.

Toute la semaine était orientée vers cette aventure et le bonheur de la rencontre avec ce professeur.

La Bhagavad-Gîtâ fait partie de l’épopée du Mahabharata, l'un des livres les plus anciens de l'humanité. Il compte près de 12 000 pages et est ainsi le plus grand poème jamais composé. C’est un conte merveilleux qui rassemble tous les mythes, les aventures et les croyances sur lesquels repose la culture indienne. La Bhagavad-Gîtâ raconte une bataille entre deux clans rivaux, un conflit fratricide dont l'enjeu est le pouvoir.

Arjuna et Krishna

Arjuna est le plus valeureux des archers. Au début de la Bhagavad-Gîtâ, avant le début du combat, il demande à se retrouver au milieu du champ de bataille, voulant faire l'expérience qu'il s'apprête à vivre, sans se contenter d'en avoir une idée abstraite. Là, découvrant le visage de ses oncles, ses frères et ses cousins, il s'effondre et refuse de combattre.

Ce que lui dit alors Krishna, c'est qu'il doit agir, parce que les circonstances l'exigent. Il ne s'agit pas de baisser les bras, de baisser les yeux, de renoncer, parce que ce n'est pas seulement le pouvoir et la justice d'un souverain qui sont en jeu, c'est l'ordre du monde, le Dharma.

Pour beaucoup, la Bhagavad-Gîtâ est aussi un texte d’actualité, dont il est possible de faire une lecture au présent. Au sein de ce texte s’affrontent l'ordre et le chaos, des thématiques et des dilemmes qui résonnent particulièrement avec l'époque contemporaine. Comment agir quand on est pris dans le chaos ?

Cela nous dit aussi à nous, aujourd'hui, que si l'on n'accomplit pas ce qui nous est destiné, cela va déséquilibrer [l'ordre du monde] ; un peu comme dans une architecture, si l'on enlève une cloison importante, tout l'édifice s'écroule. Si l'on n'accomplit pas son propre destin, notre propre vocation, il y aura une sorte de désordre, de chaos, qui va petit à petit prendre place.

Il s'agit donc de ne pas s'avouer vaincu, ne pas être défaitiste. C'est une philosophie de l'agir, mais avec le geste juste, qui est décrit ainsi : « Quand tu agis, sois seulement attentif à l’acte que tu accomplis, ne pense pas aux fruits qu’il portera. Et ne crois surtout pas que l’inaction soit meilleure que l’action. Il faut agir, bien relié à son essence, établi en cette jonction suprême, délié de tout attachement, sans souci du succès comme de l’échec. Car le yoga est plus que tout, égalité d’âme. » 

Nelson et Vandana

Parce qu'elle est une philosophie de l'agir pour le bien commun, pour le soin porté aux autres, parce que l'individu n'est qu'une parcelle du tout, la Bhagavad-Gîtâ a inspiré de nombreuses et nombreux militant·e·s et penseur·se·s au fil des siècles, parmi lesquel·le·s Ghandi, Nelson Mandela ou encore l'activiste écoféministe Vandana Shiva.

Elle s'est nourrie de la sagesse de la Bhagavad-Gîtâ et de son art de l'agir, parce que si elle avait agi toujours avec le souci du succès, de la réussite, elle aurait abandonné.

La programmation musicale du jour

  • Georges Brassens, "Saturne", 1964
  • Panjabi MC, "Mundian To Bach Ke", 1998
  • Woodkid, "Horizons Into Battlegrounds", 2020
  • et un extrait de : Alain Chamfort, "Manureva", 1979

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

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