Ce jour-là, la journaliste du Monde assiste pour la première fois à la préparation d’un accusé par son avocat avant l’audience aux Assises. Un huis-clos qu’elle décrira d’une plume alerte dans un article époustouflant publié le 19 septembre 2008, révélant au lecteur les coulisses inédites de la parole judiciaire.

Printemps 2008, Pascale Robert-Diard chroniqueuse judiciaire assiste au huis clos préparatoire entre l’avocat et son client accusé avant les Assises… (photo d'illustration)
Printemps 2008, Pascale Robert-Diard chroniqueuse judiciaire assiste au huis clos préparatoire entre l’avocat et son client accusé avant les Assises… (photo d'illustration) © Getty / Classen Rafael / EyeEm

"Secrète Défense"

Tel est le titre de cet article de Pascale Robert Diard qui raconte le face à face au cours duquel l’avocat assiste minutieusement l’accusé dans sa future prise de parole et son comportement. 

L’homme a fait appel de sa première condamnation  - 10 ans ferme - pour avoir tué à bout portant un copain lors d’un apéro. Une querelle d’ivrognes qui a mal tourné. Le prévenu est brut de décoffrage, dans la spontanéité, et ne mesure pas le risque que celle-ci lui fait courir par l’utilisation d’expressions inappropriées. Il faut le préparer, l’aider à trouver les bons mots, lui faire exprimer de la compassion envers la victime, lui ôter son côté frimeur et narcissique avant d’aller affronter la Cour. 

« Un procès de mots » 

L’écrivain Jean Giono avait ainsi qualifié dans les années 50 le procès du vieux patriarche taiseux et illettré Gaston Dominici accusé du meurtre de trois Britanniques en villégiature dans le Sud de la France. Le sémiologue Roland Barthes avait renchéri dans son fameux essai Mythologies : « Nous sommes tous Dominici en puissance, non meurtriers, mais accusés privés de langage, ou pire, affublés, humiliés, condamnés sous celui de nos accusateurs. » 

Les  ripailleurs de l’Humanité

C’est ainsi que Pascale Robert-Diard qualifie les chroniqueurs judiciaires dans son dernier livre, Jours de crimes, co-écrit avec son confrère du Figaro, Stéphane Durand-Souffland. « Lors d’un procès en assises, on est submergés par  toute la gamme des sentiments humains : le chagrin, la douleur, l’horreur, la violence. » raconte-t-elle.  Une plongée rapide et brutale dans l’intimité d’un inconnu : l’accusé. Des sentiments qui nourrissent les chroniqueurs pour écrire leurs papiers.  

Mais sont-ils pour autant aussi « blasés que des habitués d'une générale »  comme l’affirme le chroniqueur du Canard Enchaîné, Jean-Paul Lacroix, en 1965, comparant l’audience à une scène de théâtre ? Non rétorque la journaliste du Monde, car, si comme le théâtre le tribunal est une scène, c’est là où se joue "pour de vrai le destin d’un homme". Dans tout procès,  « il y a ce moment magique où tout d’un coup on assiste à quelque chose qui dépasse le procès. L’affaire criminelle crée une réflexion et une émotion universelles qui résonnent en chacun de nous »

Comme chroniqueuse judiciaire, je me sens davantage à  la place des jurés qu’à celle de l’accusé : qu’est-ce qui m’a émue ? m’a convaincue ? m’a faite basculer ?

Le dénouement arrive avec le verdict. Tout un cérémonial : bruissements de robes, le silence de plomb qui précède, la sonnerie qui résonne, l’entrée de la cour, des jurés dont on scrute les visages défaits, rougis ou apaisés. Et puis le verdict tombe comme un rideau à la fin d’une pièce. « C’est un moment étrange. On est « plein » de gens, de mots et d’images, et soudain tout s’arrête. C’est fini ».  

Pour aller + loin : 

De Pascale Robert-Diard

Chroniques judiciaires : son blog, où l'on retrouve notamment son fameux article : "Secrète défense",  à la Une du Monde Magazine daté du 19 septembre 2008

Et aussi : 

Les mythologies, Roland Barthes (Seuil, nouvelle édition 2010) 

Vous avez pu entendre  la chanson "la crise des banquiers" sur une mélodie de Julien Clerc (Télévision Suisse Romande) 

La play list de l'émission dans l'ordre de diffusion : 

  • 78-2008, Katerine, (2005)
  • La peur (un chat qui miaule), Frehel (1928) 
  • Found the one, Ben Harper/Charlie Musselwhite (2018)

Les références du générique de l'émission :  « Le Temps est bon » d’Isabelle Pierre remixé par Degiheugi

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