Laurence Devillers est professeur en informatique appliqué aux sciences sociales à la Sorbonne et chercheuse sur les interactions homme/machine. Ce jour-là elle met en présence des personnes âgées en perte d'autonomie face à un robot humanoïde chargé de leur porter assistance.

Laurence Devillers et le robot Nao
Laurence Devillers et le robot Nao

Je travaille sur le langage oral. En ayant une meilleure connaissance de la parole, il est possible de construire des machines qui nous parlent 

Des robots assistants ou compagnons 

Il y a d’abord eu Nao, 80 cm de hauteur, puis Pepper, un peu plus grand. Tous deux construits par SoftBank Robotics. Ils sont programmés pour aider, soutenir et épauler, créer du lien social.  Des robots à fort potentiel thérapeutique avec le vieillissement de la population française et l’essor des maladies chroniques. 

En Ehpad (établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), le but est de créer un scénario d’interaction avec les résidents. Et comment réagissent-ils face à la machine ? : « Avec curiosité et amusement. Les robots sont bien acceptés, mais considérés comme des machines opaques. ». 

Actuellement, ces robots sont encore des plateformes d’études pour les chercheurs qui y stockent des données : expressivité, rythme et timbre de la voix humaine. Des signaux émotionnels qui sont analysés, triés et classés. 

Attention à l’anthropomorphisme : fantasme et mythe d’un robot humanoïde intelligent

Cette confusion existe dès l’instant où on prête à l’ordinateur, à la machine ou au système, des émotions 

Or ces machines ne sont pas intelligentes, insiste la chercheuse, elles ne font qu’imiter des émotions et réagissent selon les logiciels et les programmes qu’on leur implante. Les utilisateurs doivent être avisés et non crédules. « Et s’il y a  intelligence de la machine à un moment T, c’est dû au hasard ! »

Je souhaite que les systèmes soient transparents ainsi que les évaluateurs. Une co-responsabilité humain/machine

Le 11 octobre 2017, Laurence Devillers n’a pas apprécié la présentation très médiatique de l’humanoïde Sophia - aux 62 expressions humaines et toute en silicone - devant l’Assemblée Générale de l’ONU : « j’ai trouvé très choquante cette invitation d’une simple marionnette conçue par l’humain. Tout ça c’est de la science-fiction et une vaste mascarade ! » 

Références

De Laurence Devillers : Des robots et des hommes. Mythes, fantasmes et réalité, Plon (2017)

Santé et intelligence artificielle, sous la direction de Bernard Nordlinger et Cédric Villani, CNRS Editions (2018) dont le chapitre de Laurence Devillers : "Robots sociaux et affectifs : une intelligence artificielle sans conscience mais utile"

Algorithmes la bombe à retardement, de Cathy O'Neil (Editions Les Arènes, 2018) 

Vous avez pu entendre les extraits des films suivants

Et un extrait de la série suédoise : Real Humans (2013) 

La playlist de l'émission : 

  • Get Lucky, des Daft Punk, Pharrell Williams et Nile Rodgers (2013)
  • Le robot et la marguerite, de Charlotte Rampling (2002)
  • Big boss man, de Mercury Rev & Hope Sandova (2018)

Les références du générique de l'émission : Le Temps est bon d’Isabelle Pierre remixé par Degiheugi

Les invités
Les références
L'équipe
Contact
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.