Engagé pour la protection de l'environnement, le philosophe Dominique Bourg affirme qu'un virage est en train de s'opérer en Occident dans le rapport de l'humain au vivant. Pour sauver la planète de la catastrophe à venir, il faut selon lui un véritable changement de civilisation... qui a déjà commencé.

L'ouvrage collectif 'Retour sur Terre - 35 propositions', dirigé par Dominique Bourg, a paru aux Presses universitaires de France (puf)
L'ouvrage collectif 'Retour sur Terre - 35 propositions', dirigé par Dominique Bourg, a paru aux Presses universitaires de France (puf) © Hannah Assouline

Dominique Bourg est philosophe, professeur honoraire de l’Université de Lausanne et directeur de la collection L'écologie en questions aux Presses universitaires de France (puf). Dominique Bourg est très engagé dans le combat écologique depuis ses premières années étudiantes. Ce n'est pourtant pas son premier engagement écolo qu'il a choisi comme « journée particulière », mais un événement beaucoup plus récent : à la fin du mois d'avril 2019, Dominique Bourg se rend pour la première fois dans la "ferme philosophique" de Guilhem et Élise Roux, en contrebas de la corniche des Cévennes. Au cours de cette rencontre, Guilhem Roux, berger, va lui raconter deux histoires surprenantes, des histoires de brebis, qui vont venir confirmer une intuition qui couvait en lui depuis quelque temps.

Repenser le rapport aux vivants, au vivant

Le séjour de Dominique Bourg à la ferme philosophique sera fécond. Il le confortera en effet dans l’idée qu’une nouvelle relation à l’animal mais aussi au vivant est véritablement en train d’émerger en Occident. La seule civilisation qui avait pensé l’humain comme une exception au sein du vivant était en effet la civilisation occidentale, mais les lignes sont en train de bouger. La thèse de l'animal-machine, chère à Descartes, a vécu. Grâce notamment aux travaux de Philippe Descola, Dominique Bourg affirme que « l'anthropologie est devenue la discipline-clé qui permette de nous recomprendre et de nous reconstruire », pour arriver à la conclusion que l’humain est un être vivant parmi les autres.

Cela est valable pour les animaux, mais également pour les végétaux. Dominique Bourg évoque un "plant-turn", un virage dans notre manière d'appréhender et de penser les plantes.

Pendant très longtemps, on a considéré les plantes comme des "semi-vivants" [...] et, si vous vous souvenez, dans l'Arche de Noé, on n'y met même pas les plantes ! [...] On les a en quelque sorte mésestimées et pensé qu'elles incarnaient une sorte de vie au rabais.

Les arbres ont-ils une oreille interne ?

C'est cela, également, qui est en train de changer. Des études se penchent désormais sur les capacités cognitives des végétaux, explorent leurs perceptions, leurs processus d'apprentissage, leur mémoire, leur conscience et leur communication. On apprend par exemple que certains arbres sur des terrains en pente auraient des capacités proprioceptives leur permettant de se redresser. Les plantes communiqueraient entre elles et avec d’autres organismes. 

Il y a bien quelque part une sorte d'intelligence dans le végétal, mais il ne faut pas l'imaginer comme on peut imaginer une intelligence animale.

2019, année climatique

Ce n'est pas non plus un hasard si la « Journée particulière » de Dominique Bourg se situe dans l'année 2019. C'est en effet une année marquée par de très nombreuses manifestations pour le climat qui ont vu la mobilisation de très jeunes militants. Le vendredi 15 mars 2019,  pour la Journée mondiale de grève scolaire pour le climat, des centaines de milliers de  jeunes du monde entier ont fait le choix de sécher les cours pour dénoncer l’inaction des adultes face à l’urgence climatique. On manifestait dans le monde entier.

On a cette jeunesse qui se mobilise et on voit une partie de la société adulte qui commence à bouger, notamment la justice.

Les références des livres de Dominique Bourg et des œuvres citées dans l'émission

Pour aller plus loin

Découvrir La Pensée écologique, la revue en ligne dont Dominique Bourg est directeur de la rédaction

La programmation musicale du jour

  • João Gilberto, "O Pato", 1960
  • Yma Sumac, "Birds", 1951
  • Yael Naim, "Attendre", 2020
  • et un extrait d'Angèle, "Balance Ton Quoi", 2019

Le générique de l’émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

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