Depuis 2013, Philippe Villeneuve est en charge de la rénovation de Notre-Dame de Paris. Il était donc en poste au moment de l'incendie qui éventra la cathédrale en 2019, marquant à jamais sa carrière et sa vie. Récit d'une relation charnelle entre l'architecte en chef des Monuments historiques et son bâtiment fétiche.

Philippe Villeneuve est l'architecte en chef des monuments historiques chargé de la rénovation de Notre-Dame de Paris
Philippe Villeneuve est l'architecte en chef des monuments historiques chargé de la rénovation de Notre-Dame de Paris © Getty / Stephane Cardinale - Corbis

Aujourd'hui, Philippe Villeneuve le dit sans hésiter et non sans émotion : il est « totalement habité par cette cathédrale ». Une fascination qui ne date pas d'hier. Celui qui considère que sa carrière d'architecte a débuté à l'âge de quatre ans, lorsqu'il a développé une grande passion pour les Lego, est en effet tombé amoureux de Notre-Dame de Paris le jour de sa première communion ; sa marraine lui avait offert un livre sur la cathédrale et la Sainte-Chapelle, provoquant un déclic qui changea le cours de son existence. Dès l'âge de huit ans, il se prend de passion pour le monument et les concerts d'orgue qui s'y donnent. Devenant un admirateur de l'organiste Pierre Cochereau, il commence à venir très régulièrement sur l'île de la Cité.

Cinquante ans après que cette flamme s'est allumée en lui, Philippe Villeneuve est aujourd'hui et depuis 2013, l'architecte en chef des Monuments historiques chargé de la rénovation de Notre-Dame de Paris. Au micro de Zoé Varier, il confie les détails de son amour pour le bâtiment et parle de ses caractéristiques avec un enthousiasme et un lexique charnels.

Quand je rentre dans cette cathédrale, j'ai l'impression de me dilater totalement, d'épouser toutes les pierres, de rentrer dans les moindres chapelles, les moindres chapiteaux, les moindres clefs de voûte. D'épouser le bâtiment.

De la maquette à l'incendie

Si nombreuses sont les dates qui jalonnent l'histoire de sa relation à la cathédrale, c'est le 19 décembre 1979 que Philippe Villeneuve a retenu comme celle de sa « journée particulière ». Ce jour-là, à l'âge de 16 ans, il commençait la réalisation d'une maquette de Notre-Dame de Paris, sur laquelle il travaillera plus de deux ans. Conçue avec un soin du détail d'une minutie extrême, tant pour les sons, les lumières, les couleurs que pour les odeurs, elle sera la raison de son échec au baccalauréat.

Je revivais tout, j'étais bien. J'étais dans ma petite cathédrale. C'était un univers.

Lorsqu'en 2013, devenu architecte en chef des Monuments historiques, on lui apprend qu'il est chargé de la restauration de l'objet de sa passion, il n'en croit pas ses oreilles. Il est alors loin de se douter que, six ans plus tard, un terrible incendie ravagera la cathédrale et marquera d'une funeste croix sa carrière et son destin. Depuis cette catastrophe, le 15 avril 2019, Philippe Villeneuve n'a plus qu'un objectif : sauver Notre-Dame de Paris.

Je pense que tout était écrit. C'est simplement le moyen d'y arriver qui nous est laissé à discrétion. [...] On va s'en sortir.

Retour sur cinquante ans d'un amour que le feu n'a pas su entamer, aux côtés de Viollet-le-Duc, Victor Hugo, Pierre Cochereau et au son du bourdon.

Bibliographie

La programmation musicale du jour

  • Supertramp, "Breakfast In America", 1979
  • Jean-Sébastien Bach, Toccata et fugue en ré mineur, BWV 565, 1703-1707, interprété par Olivier Latry sur les orgues de Notre-Dame de Paris
  • Clou, "Jusqu'ici tout va bien", 2020

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

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