Ce jour-là, l’avocate algérienne, ex-directrice des droits des femmes à l’Unesco, féministe et essayiste, rejoint dans les rues d’Alger ses compatriotes protestant contre la candidature du président Bouteflika à un 5e Mandat. En 1962, la jeune femme était déjà dans les rues pour célébrer l’indépendance de son pays.

Une femme algérienne manifestate contre le président Abdelaziz Bouteflika ; sur sa pancarte on peut lire "L'éternel président c'est le peuple"
Une femme algérienne manifestate contre le président Abdelaziz Bouteflika ; sur sa pancarte on peut lire "L'éternel président c'est le peuple" © Getty / Ryad Kramdi

En rentrant de la manifestation, ce jour-là, Wassyla Tamzali rédigea un post sur son compte Facebook :

« J’ai été  frappée  par l’ambiance générale par son côté organisé et convivial, tant par la vitalité joyeuse des manifestants que par l’attentisme bienveillant  des forces de l’ordre. Une heure après la manifestation, poussée cette fois par les idées qui me tournaient dans la tête sur l’organisation trop parfaite de cette journée et pensant au travail d’orfèvre de la police autour de la grande poste, aiguillant ou canalisant la foule de manifestants, je me suis dit « ils ont déjà tout  nettoyé ». Et bien oui ils avaient tout nettoyé. Aussi vite et bien fait que l’arrachage du grand portrait de Bouteflika sur la façade de l’ANEP. Je suis allée au lit et je me suis endormie sur cette foule immense de jeunes chantant. What  a wonderful world."

On a été extirpé d’un état léthargique qui nous paraissait sans fin

"Le 23 février, la manifestation est contre le Ve mandat présidentiel pas encore contre le système. Progressivement le ton va changer : les jeunes notamment vont avoir des discours de plus en plus sophistiqués sur la révolution, et ce même si ça continuer à blaguer et chanter »

Une protestation qui est "comme le petit caillou dans la chaussure ou le godillot, pour qu’enfin on rejoigne l’Histoire, et prouver enfin que tous les hommes et toutes les femmes sont nés libres et égaux dans ce pays. »

« Ce type de mouvement prend de court tout le monde y compris ceux qui l’attendaient. Un mouvement d’insubordination ! A nous de passer à l’étape suivante : l’abrogation du code de la famille, la liberté et l’égalité hommes/femmes. »

« C’est seulement en libérant les femmes qu’on se libérera. C’est mon cri révolutionnaire. Je ne suis pas une minorité mais la majorité des femmes qui mène ce combat. »

Les Ateliers Sauvages 

« L’art EST politique, regardez le cinéaste italien Pier Paolo Pasolini ! L’art est là pour briser les interdits. La politique est de la poésie collective. »

Pour aller +loin : 

Wassyla Tamzali est avocate, ex-directrice des droits des femmes à l’Unesco, essayiste et féministe.

Ses livres : 

Wassyla Tamzali a créé en 2015 les Ateliers sauvages : un centre artistique au cœur d'Alger . Un lieu d’expérimentations, et de promotion de l'art contemporain en Algérie. 

L'invitée en a parlé

L'infini turbulent, un recueil d'Henri Michaux 

Vous avez pu entendre des extraits du formidable reportage d'Adila Bennedjaï-Zou et Emmanuel Geoffroy dans la série de France Culture les Pieds sur Terre, diffusé le 14 mars 2019 :  One, two, three, viva l'Algérie (1/2) 

La playlist de l'émission : 

La Casa del Mouradia est devenu l'un des hymnes des manifestants. Le palais de la Mouradia est le siège de la présidence algérienne. A l’origine c’était un chant de supporteurs de foot - « c’est l’aube le sommeil ne vient pas, on en a assez de cette vie » - dénonçant le pouvoir mafieux. La chanson fait aussi référence à la série espagnole à grand succès, La Casa del Papel, récit de l'organisation du braquage de la fabrique de monnaie nationale en Espagne - une allusion au détournement d'argent public dont est accusé l'entourage du pouvoir algérien. 

Les références du générique de l'émission : Le Temps est bon d’Isabelle Pierre remixé par Degiheugi

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