À la fin de l'année 1966, Pascal Dusapin entend résonner un orgue pour la première fois de sa vie. C'est un choc, une vraie révolution, pour celui qui deviendra, des années plus tard, l'un des compositeurs contemporains les plus joués au monde. Retour sur une vie de musique, de littérature, d'écriture et d'émotions.

En septembre 2019, Pascal Dusapin créait l'opéra 'Macbeth Underground' à la Monnaie de Bruxelles
En septembre 2019, Pascal Dusapin créait l'opéra 'Macbeth Underground' à la Monnaie de Bruxelles © Marthe Lemelle

Si Pascal Dusapin n'apprécie pas particulièrement que l'on dise de lui qu'il est un compositeur de musique contemporaine, on peut tout du moins dire qu'il est un compositeur contemporain de musique. Lui-même préfère se définir comme un « écrivain de musique ». Rien, pourtant, ne le prédestinait à une telle carrière. Enfant, son seul contact avec la musique était son oncle René, également son parrain, qui jouait dans les bals et en famille, des mélodies populaires à l'accordéon. C'est au cours de la « journée particulière » qu'il a choisi de raconter au micro de Zoé Varier que sa vie va changer et qu'il va avoir le déclic qui fera de lui l'un des compositeurs contemporains les plus joués au monde.

De la punition à la révélation

Au cours d'une semaine de la fin de l'année 1966, alors qu'il est âgé de onze ans et qu'il est pensionnaire au lycée Fabert de Metz, Pascal Dusapin est « collé » : il devra passer la fin de semaine à l'internat, ce qui implique d'aller à la messe le dimanche. Pour lui, qui vient d'une famille presque anticléricale, c'est une première. Tout comme est une première le fait d'entendre de l'orgue, pendant l'office. Le choc est total, le jeune Pascal Dusapin ne s'en remettra jamais.

Ma vie change en quelques secondes. J'accède à un monde de sons, de sonorités, presque de résonance, [...] très spirituel, voire mystique. [...] Ma vie est totalement bouleversée.

Vincennes et le second choc

Après cette découverte de l'orgue, la musique fera partie intégrante de la vie du jeune Pascal Dusapin, mais ce n'est que des années plus tard que lui viendra l'envie d'en écrire. S'il savait en effet qu'il ne pourrait pas être un bon instrumentiste, en raison de problèmes de santé qui marquèrent son enfance et son adolescence, loin de lui pour autant était l'idée de composer, jusqu'à ce jour de l'année 1974 au cours duquel, étudiant à l'Université de Vincennes, l'un de ses professeurs lui fait écouter l'Arcana d'Edgar Varèse.

Encore une fois, en 19 minutes, ma vie bascule totalement. C'est la deuxième claque, le passage à l'écriture. C'est comme tomber amoureux. C'est ça que je voulais faire, cette musique-là. Je me mets à écrire dès le lendemain.

Mu par une envie d'apprendre à composer, Pascal Dusapin rencontre alors le grand Iannis Xenakis, dont il devient l'élève. Pour être précis, il considère que Xenakis a été son maître. Ce dernier lui a en effet enseigné à ne pas lui ressembler ; c'est la liberté dans la création que Pascal Dusapin apprend auprès de lui.

Écriture et littérature

Pour Pascal Dusapin, les chemins qui mènent à l'écriture (musicale) passent par la littérature. Écrire cela n’a jamais été un problème pour lui, l'écriture est son pays, au même titre que la littérature. Grand admirateur de Samuel Beckett et de Gustave Flaubert dont il a lu le roman Madame Bovary des dizaines de fois, c'est grâce à la correspondance de ce dernier que Pascal Dusapin comprend que la création, c'est avant tout du travail.

Moi qui pensais qu'il fallait être illuminé par une présence divine qui vous choisissait parmi des milliards d'autres, tout d'un coup, je comprends que c'est du travail. Cela a tout changé. Je me suis dit qu'en fait, il fallait juste bosser.

Et c'est ce qu'il fait, depuis le milieu des années 1970. Pascal Dusapin compose une œuvre prolifique, écrit à la main ses partitions, trace les notes à la règle et les liaisons à la plume, sans utiliser le moindre instrument et fait, paradoxalement, tout son possible pour maintenir la musique à une bonne distance de lui.

Je respecte tellement la musique que je ne la tutoie pas. Je la vouvoie avec respect et je tiens les distances. Quand j'écoute n'importe quelle œuvre de Mozart ou de Berlioz, je ne pense pas que c'est normal. Je reste extrêmement poli et j'écoute avec beaucoup d'attention.

Les actualités de Pascal Dusapin

Création française les 25, 27, 29 et 30 mars 2020 à l’Opéra Comique (Paris), puis les 12 et 14 mai 2020 à l’Opéra de Rouen

  • Janvier 2020 : Création de Waves (Duo pour orgue et Orchestre)  

Création mondiale à la Elbphilharmonie : 26 et 27 janvier 2020 / Philharmonisches Staatsorchester Hamburg , Iveta Apkalna (orgue), Kent Nagano (dir)

Maison symphonique (Montréal & Toronto) : 18-19-20 février 2020 / Orchestre symphonique de Montreal, Olivier Latry (orgue), Kent Nagano (dir)

Philharmonie de Paris / Radio France : 5 février 2021

La Monnaie (De Munt) : 16 mai 2020 / Orchestre symphonique de la Monnaie, Olivier Latry (orgue), Alain Altinoglu (dir)

Orchestre de la Suisse Romande : Saison 2021/22

  • Janvier 2020 : Création de piano works n° 3 Black Letters et concert monographique au Louvre à l’occasion de l’expo Soulages

Le 10 janvier à l’auditorium du Musée du Louvre pour le vernissage de l’exposition Pierre Soulages par Nicolas Hodges, d’autres œuvres pour piano solo et violoncelle seront interprétées Nicolas Hodges (piano) et Anssi Karttunen (violoncelle)

Puis reprise au Théâtre des Bouffes du Nord le 11 mai 2020 organisé par le Concours international de piano d'Orléans également commanditaire de l’œuvre.

Renaud Capuçon (violon) et Hugh Wolff (dir) : Aufgang, concerto pour violon et orchestre

  • Sortie d’un disque avec l’ensemble Accroche Note en février 2020
  • 8 juillet 2020 : Récital Marie-Laure Garnier (soprano) et Célia Oneto Bensaid (piano)

Création mondiale d’une pièce pour soprano et piano lors du festival d’Aix en Provence à Maynier d’Oppède

  • Festival Présences 2021

Pascal Dusapin sera mis à l’honneur lors de l’édition de février 2021 du festival Présences à Radio France (programmation en cours)

La programmation musicale du jour

  • The Doors, "Light My Fire", 1966
  • Pascal Dusapin, O Mensch, "O Mensch gib Acht", 2012, interprété par Georg Nigl (baryton) et Vanessa Wagner (piano)
  • Pascal Dusapin, Morning in Long Island : Fragile, 2011, interprété par l'Orchestre philharmonique de Radio France, dirigé par Myung-Whun Chung

Et des extraits de :

  • Jean-Sébastien Bach, Toccata dorienne et fugue en ré mineur, BWV 538, interprétée par Marie-Claire Alain
  • Pascal Dusapin, Memory, Hommage crypté et monomodal à Ray Manzarek, pièce pour orgue créée le 24 septembre 2008 dans la Cathédrale de Strasbourg par Bernard Foccroulle
  • Edgar Varèse, Arcana, interprété par le Chicago Symphony Orchestra, dirigé par Pierre Boulez
  • Iannis Xenakis, Polytope de Cluny
  • The Beach Boys, "Good Vibrations"

Le générique de l'émission

Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

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