À trente ans, Stéphanie Maubé, Parisienne depuis toujours, travaillant dans l'audiovisuel et le graphisme, a tout plaqué pour devenir bergère. À la tête d'un troupeau d'une centaine de brebis, elle souvient pour Zoé Varier de son premier agnelage, une expérience épique, physiquement et nerveusement.

Le témoignage de Stéphanie Maubé, 'Il était une bergère', coécrit avec Yves Deloison, a paru aux éditions Rouergue
Le témoignage de Stéphanie Maubé, 'Il était une bergère', coécrit avec Yves Deloison, a paru aux éditions Rouergue © Getty / Philippe Turpin

Aux dernières élections municipales, Stéphanie Maubé a été élue maire de Lessay, commune de la Manche. Pour cette Normande d'adoption, cette élection vient couronner de reconnaissance le changement de vie radical qu'elle a opéré au début des années 2010, lorsque, à tout juste trente ans, elle a décidé de tout plaquer pour devenir bergère. Médiatisée d'abord dans un documentaire de Delphine Détrie, puis grâce à la publication d'un témoignage aux éditions du Rouergue, intitulé Il était une bergère, l'éleveuse raconte avec humour et sincérité les épreuves et les galères, autant que les joies et les accomplissements, qu'elle traverse contre vents et marées avec ses brebis depuis près de 10 ans.

Tout commence par une apocalypse

Stéphanie Maubé a choisi comme « journée particulière » la nuit du 5 janvier 2012. Ce soir-là, alors qu'elle était seule avec son troupeau d'une centaine de brebis, elle a vécu son premier agnelage. On désigne ainsi la période, souvent courte (deux à trois semaines), au cours de laquelle, toutes les brebis d'un même troupeau mettent bas. Pour ne rien arranger, une tempête sévissait en Normandie à ce moment précis.

C'était l'Apocalypse, un vrai baptême du feu. Ce qui m'a fait tenir cette nuit-là, c'était de me dire que si j'y survivais, si mes agneaux y survivaient, plus rien ne pourrait me faire peur dans ma future carrière d'éleveuse et de bergère.

Il va sans dire qu'elle y a survécu, tout comme les dizaines d'agneaux nés cette nuit-là. C'était la première étape de la construction d'une véritable relation de confiance entre Stéphanie Maubé et son troupeau. Cette relation mettra en vérité presque quatre ans à s'installer, à mesure que les brebis nées dans sa bergerie remplacent petit à petit le premier cheptel, qu'elle avait dû acheter et à la naissance duquel elle n'avait pas pu assister.

Au bout de trois ans, il y a presque la moitié du troupeau qui est composée de petites femmes que j'ai fait naître, qui sont nées chez moi et qui n'ont connu que moi. C'est là que le sentiment de confiance et d'unité commence à prédominer sur la méfiance.

Bernadette, c'est la plus chouette

Pour Stéphanie Maubé, l'une des parties les plus émouvantes de son travail d'éleveuse consiste donc à construire une relation avec ses brebis. Cela passe par ce fameux agnelage, au cours duquel elle rencontrera tous les agneaux du troupeau, mais aussi par un moment important, plus tard, à la sortie de l’hivernage, quand elle sort le troupeau dans les prés salés où ils passent la belle saison. Il faut tout apprendre aux agneaux : comment se mettre à l’abri du vent, comment ne pas perdre leur mère, comment se protéger des dangers. Stéphanie Maubé reste lucide que la plupart de ces agneaux sont destinés à l'abattoir et place au bon endroit l'attachement qu'elle leur confère.

Il faut être très lucide sur les raisons pour lesquelles on fait ce métier : je produis de la viande. [...] J'élève des agneaux pour qu'ils soient mangés. Je ne m'attache pas aux agneaux.

L'éleveuse reconnaît pourtant qu'il est très difficile de ne pas s'attacher à ses brebis, d'autant que certaines d'entre elles, environ une sur cinq, présente une personnalité singulière. Une brebis passe en effet sept ans sur son élevage, soit sept hivers à passer du temps ensemble, en bergerie, tous les jours. En général, Stéphanie Maubé s'autorise à donner un prénom aux brebis les plus exceptionnelles. Au sein de son troupeau, la cheffe des brebis, c'est ainsi Bernadette.

Bernadette, c'est un grand problème : c'est la "leadeuse" du troupeau, mais c'est épouvantable car elle commence à être âgée. Et pourtant, je ne peux pas me séparer d'elle car j'ai besoin de sa présence et des ondes qu'elle envoie au reste du troupeau. Elle est connectée avec moi et avec le chien de troupeau

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Isabelle Pierre, "Le temps est bon" (1971), remixé par Degiheugi, 2012

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